Boualem Sansal, de Sétif à Auschwitz
LE MONDE DES LIVRES | 17.01.08 | 11h32 • Mis à jour le 17.01.08 | 11h32
Dans sa volonté de dénoncer les injustices, les mensonges, les diktats de toutes natures, de combattre l'amnésie, les révisionnismes historiques de toutes sortes, mais aussi de transmettre une mémoire, rien ne semble arrêter Boualem Sansal. Ni les critiques violentes qu'il a essuyées dans son pays, ni la censure dont ses derniers livres furent l'objet. Pour preuve son cinquième roman, Le Village de l'Allemand, qui est l'un des événements de cette rentrée littéraire. En effet, pour la première fois, un auteur algérien traite frontalement d'un "sujet tabou" dans son pays : la Shoah. Pour faire bonne mesure, il l'aborde, comme à son habitude, à travers une histoire vraie dont il eut connaissance dans les années 1980.
A cette époque, Boualem Sansal est consultant auprès du ministère de l'industrie. En déplacement professionnel dans la région de Sétif, son attention est attirée par un village "propret". "D'ordinaire, ils sont plutôt poussiéreux, surtout dans la région des hauts plateaux", explique-t-il. Intrigué, il se renseigne et apprend que ce lieu, surnommé "le village de l'Allemand", a été dirigé par un ancien nazi qui, après la guerre, avait fui en Egypte. De là, il fut mandaté en Algérie par les services secrets de Nasser comme expert auprès de l'ALN (Armée de libération nationale). A l'indépendance, il fut naturalisé algérien et se convertit à l'islam.
"Le cas n'est pas isolé, explique Boualem Sansal. Certains Allemands qui sont venus se battre auprès des Algériens lors la guerre de libération ont même occupé des places importantes après l'indépendance. Cela fait partie de l'histoire secrète de toutes les guerres..." Une histoire verrouillée en Algérie. "Le FLN a construit une histoire unique, lisse, propre, sans aspérités. Elle a été écrite une fois pour toutes. On ne peut rien ajouter ou retrancher. Lorsque des gens veulent sortir de cette histoire squelettique, ils ne trouvent rien. Les archives sont fermées. Ils arrêtent leurs recherches ou sont ostracisés." Reste alors la littérature...
Pour autant, après la découverte de ce nazi devenu moudjahid, le romancier fut pris sous "un déluge" de questions. "D'abord, je me suis demandé si un Algérien, arabe, musulman, peut parler de la Shoah alors qu'il appartient à un espace culturel où elle est passée sous silence. En Algérie, la télévision n'a jamais diffusé le moindre documentaire sur les camps d'extermination. Dans l'histoire officielle, on ne trouve pas un mot sur elle. Alors, comment parler de quelque chose qui n'existe pas ?"
D'interrogations en tâtonnements, Boualem Sansal, qui depuis près vingt ans ne cesse de lire romans ou essais portant sur ce sujet, va avancer. "Au début, je me suis posé en narrateur, mais, très vite, je me suis aperçu que ça ne fonctionnait pas. Cela prenait la tournure d'un roman historique. C'était trop factuel. Je ne voulais pas de cela. Il me fallait aller au bout de toutes mes interrogations, notamment autour de la transmission, de la filiation. C'est ainsi que j'ai donné deux fils à cet Allemand. Mais ils ne pouvaient demeurer en Algérie, car cet épisode ne leur aurait rien dit. Ils n'auraient donc pas été très loin dans leur questionnement. Il me fallait alors les mettre dans une situation de liberté pour qu'ils s'interrogent vraiment. J'ai imaginé que leur père les envoyait en France pour poursuivre leurs études. Comme du reste le font ou en rêvent bon nombre de parents algériens soucieux de l'éducation de leurs enfants."
Et c'est ainsi que sont nés les frères Schiller : Rachel (contraction de Rachid et Helmut) et Malrich (Malek/Ulrich). Moitié allemands par leur père, moitié algériens par leur mère, les deux garçons, l'adolescence venue, sont envoyés en France chez Tonton Ali, "brave homme au coeur gros comme un camion" qui réside près de Paris, dans une banlieue morne aux contours incertains. A l'image de la vie de Malrich, qui a choisi une trajectoire moins linéaire que celle de son aîné, Rachel, homme sérieux, posé, à qui tout semble réussir. "Il était cadre dans une grosse boîte américaine, il avait sa nana, son pavillon, sa bagnole, sa carte de crédit, ses heures étaient minutées, moi je ramais H24 avec les sinistrés de la cité."
Jusqu'au jour où Malrich apprend que ce frère-modèle qu'il ne voyait plus que de loin en loin s'est suicidé dans son garage. Sur les lieux du drame, il le découvre le crâne rasé, le visage couvert de suie, portant un "drôle" de pyjama rayé. Quelques jours plus tard, Com'Dad, le commissaire du quartier (sorte d'ange gardien de Malrich) lui confie le journal qu'a tenu son frère pendant deux ans et l'incite à le lire pour comprendre la portée symbolique du geste de celui-ci.
Dès lors, tout va s'emboîter, par un jeu remarquable de mise en abyme. Le journal que tient Malrich, comme une sorte d'exutoire, dévoilant celui de Rachel. Et le drame terrible qui en fut le déclencheur.
Le 24 avril 1994, au coeur de la "décennie noire" qui touche l'Algérie, le douar d'Aïn Deb, près de Sétif, est attaqué par des membres du GIA (Groupe islamiste armé) et ses habitants massacrés. Aussitôt informé, Rachel décide de se rendre dans son village natal pour se recueillir sur la tombe de ses parents. Là, plus qu'une bizarrerie administrative qui voit ses parents enterrés sous d'autres noms que les leurs, il découvre dans la maison familiale une petite valise renfermant le carnet militaire de son père, ses insignes de SS ainsi que des lettres signées "Jean 92". Sous le coup de cette révélation, Rachel vacille, s'enferme dans le silence, s'isole de tout et de tous. Avant d'entreprendre une longue descente aux enfers. "Je remonte le temps, je fouille les ténèbres, je vais sonder le plus grand malheur du monde et tenter de comprendre pourquoi j'en porte le poids sur mes épaules. (...) J'ai tellement peur de rencontrer mon père où il ne faut pas, où pas un homme ne peut tenir et rester un homme. Ma propre humanité est en jeu."
Un voyage initiatique, nourri de lectures - Primo Levi en tête - qui, dans les pas de son père, le conduit, de Hambourg au Caire en passant par Auschwitz, au coeur de "l'entreprise" exterminatrice dont Boualem Sansal dépeint tous les rouages. "Pour que les lecteurs comprennent, surtout ceux qui ne savent rien sur cette question - je pense aux Algériens, mais aussi à tous ceux du Maghreb et du monde arabe à qui ce livre est destiné -, je voulais qu'ils "séjournent" durant une dizaine de pages, pour sentir toute l'horreur de cette mécanique. Et leur démontrer que ce n'est pas qu'un crime de guerre, mais bien plus que cela."
Cette plongée saisissante conduit aussi Rachel au coeur d'un silence, effroyable. Celui d'un père, d'un bourreau, contre lequel se heurtent les interrogations poignantes de son fils, dont la plus aiguë : "Est-on comptable des crimes de ses parents ?"
Des interrogations qu'à sa manière Malrich va faire siennes, les intégrer (pour ne pas dire les entrechoquer) à son vécu, à la réalité d'une cité gangrenée par l'islamisme. Au point de produire, d'un fait divers terrible, un véritable télescopage verbal, amalgamant Führer et imam, cité et camps... Des amalgames qu'assume Boualem Sansal tout en soulignant le caractère spécifique de la Shoah. "Rien ne peut lui être comparé. En revanche, je pense qu'il y a de nombreuses similitudes entre nazisme et islamisme. Pour moi, ce sont les mêmes techniques, les mêmes instruments."
Livre de filiation, de combat contre l'oubli, l'amnésie, le négationnisme, Le Village de l'Allemand est aussi et surtout un roman d'apprentissage pour les générations futures. Même si, sur ce point, Boualem Sansal ne se fait guère d'illusions : "Je sais que le chemin sera long avant que mon roman atteigne ses destinataires. Dans dix ou quinze ans, peut-être produira-t-il ses effets." Avant d'ajouter, d'un ton grave : "Comme il me faudra beaucoup de temps avant que je sorte de ce roman. Je me demande même d'ailleurs si un jour on peut en sortir..."
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LE VILLAGE DE L'ALLEMAND OU LE JOURNAL DES FRÈRES SCHILLER de Boualem Sansal. Gallimard, 264 p., 17 €.
Signalons les parutions de Petit éloge de la mémoire ("Folio", n° 4486) et, en mars, de Poste restante Alger ("Folio", n° 47012).
"Se découvrir le fils d'un bourreau est pire que d'avoir été soi-même un bourreau. Le bourreau a ses justifications, il s'abrite derrière un discours, il peut nier, il peut crâner, revendiquer son crime, que dis-je son ministère, et affronter fièrement la potence, il peut se cacher derrière ses ordres, il peut se sauver, changer d'identité, se construire de nouvelles justifications, il peut s'amender, il peut tout. Mais le fils, que peut-il, sinon compter les crimes de son père et traîner le boulet sa vie durant ? (...) Tu n'avais pas le droit de vivre, tu n'avais pas le droit de nous donner la vie, cette vie je n'en veux pas, elle est un cauchemar, une honte indélébile. Tu n'avais pas le droit de fuir, papa. (...) Hans Schiller, sois maudit !"
"Le Village de l'Allemand ou le Journal des frères Schiller" (p. 243-244).
Article paru dans l'édition du 18.01.08
"La où l'islam passe, la civilisation trépasse" Ibn Khaldoun
"l' islam est une loi pour les pourceaux" Ibn Roshd "Je suis le prophète du carnage. Je suis le rieur sanglant" Mahomet "le paradis est à l' ombre des épées" Mahomet
Les peuples non civilisés sont condamnés à rester dans la dépendance de ceux qui le sont.
Et la civilisation, c'est l'Occident, le Monde Moderne, dont la Turquie doit faire partie si elle veut survivre.
Mustafa Kemal, discours de 1928
De rien, Mira, je trouve que des ecrivains comme Sansal sont très courageux.
Ce que fait Medeb est aussi bien mais ils ne sont pas écoutés.
"La où l'islam passe, la civilisation trépasse" Ibn Khaldoun
"l' islam est une loi pour les pourceaux" Ibn Roshd "Je suis le prophète du carnage. Je suis le rieur sanglant" Mahomet "le paradis est à l' ombre des épées" Mahomet
Les peuples non civilisés sont condamnés à rester dans la dépendance de ceux qui le sont.
Et la civilisation, c'est l'Occident, le Monde Moderne, dont la Turquie doit faire partie si elle veut survivre.
Mustafa Kemal, discours de 1928
On s'est éloigné du sujet du topic quand l'islam a été comparé au nazisme.
Il se trouve que Boualem Sansal et Abdelwahab Medeb le disent aussi.
Il y a le caractère totalitaire de tous les régimes islamiques qui comme le régime nazi persécutent les differents, les pas-musulmans.
"La où l'islam passe, la civilisation trépasse" Ibn Khaldoun
"l' islam est une loi pour les pourceaux" Ibn Roshd "Je suis le prophète du carnage. Je suis le rieur sanglant" Mahomet "le paradis est à l' ombre des épées" Mahomet
Les peuples non civilisés sont condamnés à rester dans la dépendance de ceux qui le sont.
Et la civilisation, c'est l'Occident, le Monde Moderne, dont la Turquie doit faire partie si elle veut survivre.
Mustafa Kemal, discours de 1928
Georges a écrit :On s'est éloigné du sujet du topic quand l'islam a été comparé au nazisme.
Il se trouve que Boualem Sansal et Abdelwahab Medeb le disent aussi.
Il y a le caractère totalitaire de tous les régimes islamiques qui comme le régime nazi persécutent les differents, les pas-musulmans.
C'est exact, et je remarque quand même qu'aujourd'hui (je ne parle pas du Moyen-Age, bien sûr ! lol !!!), aucun régime réputé "chrétien" ne pesécute ni les Musulmans ni les athées...
mario
" Si tu diffères de moi, loin de me léser tu m'enrichis." (Saint-Exupery).
A part le Vatican, il n y a plus de théocraties en Occident.
On ne gouverne pas et c'est heureux ave la Bible.
C'est l'islam en Occident qui réactive le christianisme et le judaïsme.
Des musulmans ont fait de leur pays des enfers d'intolérance, de haine, de sexisme, d'anitsémitisme, d'homophobie et ils veulent refaire la même
chose ici.
"La où l'islam passe, la civilisation trépasse" Ibn Khaldoun
"l' islam est une loi pour les pourceaux" Ibn Roshd "Je suis le prophète du carnage. Je suis le rieur sanglant" Mahomet "le paradis est à l' ombre des épées" Mahomet
Les peuples non civilisés sont condamnés à rester dans la dépendance de ceux qui le sont.
Et la civilisation, c'est l'Occident, le Monde Moderne, dont la Turquie doit faire partie si elle veut survivre.
Mustafa Kemal, discours de 1928
Tu penses Georges, que les immigrés veulent instaurer la loi divine en France et en europe ? tu penses vraiment? Tu penes que tous les arabes en France veulent ça?
Tu vois pas que la majorité de ces méchants maghrébins sont en France juste pour vivre mieux , pour travailler et être dans un pays de droit toujours introuvable dans leurs pays d'origine?
Si tu veux juste faire peur aux européens et activer la peur des étrangerje te comprends, si tu crois vraiment à ce que tu dis ... Va voir un psy' ... Car c'est anormal ta manière de voire les choses ...
torabora a écrit :Tu penses Georges, que les immigrés veulent instaurer la loi divine en France et en europe ? tu penses vraiment? Tu penes que tous les arabes en France veulent ça?
Tu vois pas que la majorité de ces méchants maghrébins sont en France juste pour vivre mieux , pour travailler et être dans un pays de droit toujours introuvable dans leurs pays d'origine?
Si tu veux juste faire peur aux européens et activer la peur des étrangerje te comprends, si tu crois vraiment à ce que tu dis ... Va voir un psy' ... Car c'est anormal ta manière de voire les choses ...
Cordialement,
No torabora, c'est toi qui devrait voir un psy, tu fais certainement un début de schizophrénie, puisque même devant des preuves indicutables tu nies l'evidence =) !
Chère Torabora, la majorité des musulmans d'Europe sont laïques et respectueux des lois occidentales.
Une minorité s'agite, elle, pour faire reconnaitre des lois barbarres considèrées cependant par eux comme lois divines.
Les lapidations iraniennes ou saoudienes ne les choquent pas.
Les persécutions des chrétiens qui vivent en pays d'islam ne les choquent pas.
etc....etc...
Il faut sortir l'islam de sa violence, son intolérance c'est ce que dit Medeb dans son dernier livre "sortir de la malédiction".
La « maladie de l’islam », diagnostic et traitement
jeudi 24 janvier 2008, par Helios d’Alexandrie
Commentaire sur le livre « Sortir de la malédiction », l’islam entre civilisation et barbarie par Abdelwahab Meddeb, un intellectuel français de religion musulmane né à Tunis, professeur à l’université de Paris-X-Nanterre, animant sur France-Culture l’émission « Cultures d’islam ». Il est l’auteur de nombreux livres dont « la Maladie de l’islam », « Contre-Prêches ». Paraît cette semaine au Seuil : « Sortir de la malédiction. L’islam entre civilisation et barbarie ». Gilles Anquetil du Nouvel Observateur l’a interviewé. L’intégrale de l’interview est rapportée sous le titre Comment guérir l’islam ?
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D’entrée de jeu, A. Meddeb nous fait part de son approche hétérodoxe du coran : « le Coran devient une idole intouchable lorsqu’il est perçu comme la parole même de Dieu, inaltérée et inaltérable, telle qu’en elle-même, de toute éternité. C’est très curieux que les musulmans aient fait de leur livre saint une idole, lui dont le message est si féroce à l’égard des idoles ». Une telle opinion est à juste titre hérétique du fait qu’elle remet sérieusement en question un article de foi principal de l’islam. D’ailleurs le coran n’est pas perçu il EST, selon les ulémas, la parole incréée d’Allah et cette affirmation se trouve dans le coran lui-même. On devrait par conséquent s’interroger sur la recevabilité d’une telle opinion par l’immense majorité des musulmans. En dépit de ces réserves, il est important de reconnaître qu’A. Meddeb se devait de questionner le caractère divin du texte coranique.
Pour « sortir de la malédiction » et pour « guérir l’Islam », les musulmans n’ont d’autres choix que mettre au rancart tous les versets qui les incitent à haïr et à détruire les mécréants. Le gros bon sens d’ailleurs ne devrait-il pas amener les musulmans à réfléchir sur la faisabilité du djihad contre tous les mécréants vivant en ce bas monde : ...« La neutralisation de cette « notion pervertie » du djihad est possible à condition de ramener les versets belliqueux comme ceux dits de l’épée (IX, 5) et de la guerre (IX, 29) au contexte historique de leur formulation. Le premier verset appelle à tuer les païens, le second à combattre les juifs et les chrétiens ou à leur accorder la protection au prix de l’asservissement...si on continue aujourd’hui à lire littéralement de tels versets, on se heurte à la paix qui régit le concert des nations. Que faire des païens indiens et chinois ? Que faire de l’Europe, de l’Amérique judéo-chrétienne ? »
A. Meddeb, contrairement aux idiots utiles qui passent leur temps à répéter que l’islam est paix et amour, reconnaît sans hésiter que les versets belliqueux du coran, pris au pied de la lettre, constituent un danger à la paix mondiale. Dans le but de prévenir les conflits, le chemin à suivre est tout tracé : ...« Pour s’adapter à la réalité de la paix qui régit la politique internationale (malgré les nombreux conflits qui restent locaux et malgré tout de « faible intensité »), l’islam doit à son tour trahir sa propre lettre et déclarer définitivement obsolète la référence au djihad pour s’adapter aux valeurs qu’implique la liberté de conscience et de culte. »
L’interviewer a négligé de demander à A. Meddeb comment il s’y prendrait pour amener les musulmans à « trahir la propre lettre du coran et à déclarer définitivement obsolète la référence au djihad », cependant la « liberté de conscience » lui a fait soulever la question de la charia qu’A Meddeb considère comme « en contradiction flagrante avec la déclaration des droits de l’homme ». En prenant comme exemple la peine de mort prévue en cas d’apostasie, il lui a demandé comment on pourrait « sortir de cette incompatibilité. » Cherchant une issue, A. Meddeb invoque le silence du coran sur le sujet et affirme la subordination des traditions prophétiques au texte du coran : « Il n’y a aucune prescription coranique qui condamne à mort l’apostat. Les docteurs de la loi s’appuient sur une tradition prophétique pour légitimer un tel châtiment. Or la tradition prophétique est une source de légitimation seconde... »
Le hic avec cet argument est que le coran dont on a recommandé plus tôt la « trahison de la lettre » est invoqué ici comme principale référence non pour ce qu’il dit mais pour ce qu’il a omis de dire. Pirouette plutôt qu’argument fondé, l’islam ce n’est pas uniquement le coran. Les ulémas ne manqueront pas de le souligner. C’est pourquoi A. Meddeb, faisant fi de l’opinion unanime des différentes écoles juridiques de l’islam, fait appel à la pluralité des opinions pour « troubler la jurisprudence », autrement dit contester l’autorité des experts, mais il omet de mentionner qu’une telle entreprise ne peut en aucun cas obtenir l’assentiment des jurisconsultes. Pour pallier à cette difficulté, il s’en remet au pouvoir législatif des états, lequel doit être affranchi de la tutelle des ulémas : ... « Le législateur a à s’inspirer des potentialités que recèlent ces réalités historiques pour approfondir le désaccord entre les jurisconsultes. Chaque fois qu’il y a contradiction flagrante entre les droits de l’homme et la charia, prééminence doit être donnée aux droits de l’homme... » Ouf !
La loi d’Allah subordonnée aux droits de l’homme, connaît-on beaucoup de législateurs musulmans qui se risqueraient sur un terrain aussi périlleux ? Pas grand monde, c’est pourquoi la responsabilité finale revient à l’occident, cet occident dont on ne cesse de dénoncer l’ingérence néo-colonialiste : « ...nous avons pour rôle d’inciter l’islam officiel, celui des États, à assumer ses responsabilités s’il veut être un interlocuteur reconnu dans le concert des nations. Une forme de lâcheté pousse les Européens et les Occidentaux à négliger cette exigence. La pression des États européens et occidentaux est une nécessité dans ce domaine. » On critique les occidentaux quand ils interviennent et on les critique quand ils n’interviennent pas !
Face à l’épaisse carapace de la charia, les fléchettes d’A. Meddeb semblent dérisoires, d’autant plus que certaines dispositions de la charia, dont la peine de mort pour les apostats, sont prises en charge par les individus même en occident. Point n’est besoin d’état ou de loi votée, une fatwa postée sur internet suffit.
Le passage suivant mérite qu’on s’y attarde
N. O. - L’islamisme est selon vous un fascisme que l’islam peut toutefois contrarier, sinon vaincre. N’est-ce pas trop tard ?
A. Meddeb. - Je ne cesse de répéter que jamais à travers l’histoire le principe de mort n’a triomphé du principe de vie. Le Reich millénaire invoqué par les nazis n’aura pas duré plus de treize ans. Disons que l’islamisme triomphe depuis 1979. Cela peut paraître long d’autant plus que nous ne percevons pas le signal de son épuisement. Mais cette durée relative s’explique par le fait que ce fascisme s’adapte à une réalité anthropologique orientale qui ne sait pas marcher au pas, qui conserve l’usage de l’improvisation et de l’errance.
Il est bien difficile de différencier l’islam de l’islamisme dans la mesure où ils s’inscrivent dans un continuum. Il est vrai que l’islam personnel d’A. Meddeb est très éloigné de l’islamisme mais il ne l’est pas moins de l’islam officiel. Comment dans ces conditions imaginer l’islam œuvrant à sa propre déconfiture ? Bien des experts se sont cassés les dents en essayant de concevoir un islam compatible avec la démocratie et les droits de l’homme. Peine perdue, l’islam ne recèle pas en lui-même les éléments nécessaires à sa propre transformation, c’est pourquoi la seule issue pour lui est de conquérir pour survivre.
A. Meddeb s’étonne que le fascisme islamique puisse durer et poursuivre ses conquêtes alors que le fascisme nazi s’est écroulé au bout de treize ans. Il attribue le succès du premier à sa capacité d’adaptation à la réalité des musulmans. L’observateur neutre ne peut cependant ignorer les facteurs qui contribuent à la montée du fascisme islamique, dont l’argent du pétrole, les médias, l’absence d’alternative démocratique dans les pays musulmans et bien entendu la quasi absence de résistance de la part de l’occident. Le nazisme quand à lui ne s’est pas écroulé de lui-même, il a été enterré sous les ruines fumantes de l’Europe.
En ce qui a trait à l’avenir, A. Meddeb se révèle optimiste, l’islamisme mortifère s’oppose à la vie et sera donc vaincu. S’il est permis de partager son optimisme pour ce qui est du long terme, en revanche il est impossible de prévoir la somme de souffrances que l’humanité devra endurer pour en arriver à ce résultat.
L’exemple de l’Iran est loin d’être rassurant. La prédiction à l’effet que : ...« Ce pays saura se dégager du fascisme et du totalitarisme que lui impose l’idéologie islamiste car il conserve en certaines de ses franges une modernité manifeste à travers les réalisations de ses artistes, cinéastes, photographes, plasticiens, poètes, penseurs, femmes et hommes... » pèche par excès de confiance dans la mesure où les mollahs totalitaires se servent abondamment du courant moderniste iranien pour se fabriquer une image de modération afin de mieux désarmer l’adversaire, et le moins qu’on puisse dire est que cette manœuvre donne d’excellents résultats.
A. Meddeb a raison de rappeler certaines vérités que la haine de soi fait oublier aux intellectuels : « Le double critère d’une société ouverte, débarrassée de ses archaïsmes, se repère à travers la condition faite aux femmes et aux étrangers minoritaires ». Sur ce chapitre, les occidentaux sont inconscients de leurs réalisations en terme d’ouverture et peu motivés à protéger les acquis menacés par l’islamisme. La condition des femmes et des juifs en occident se détériore et personne ne se montre disposé à placer les musulmans devant leurs responsabilités. Pourtant l’évolution récente des pays islamiques nous montre dans quelle direction l’islamisme risque de nous conduire : « La crainte que suscitent les femmes et les étrangers est le signe d’une communauté grégaire fermée sur elle-même, empêtrée dans l’endogamie, la réclusion des femmes, la xénophobie ». Et A. Meddeb ne fait pas mention de l’extrême violence que nourrit une telle communauté à l’égard de l’autre. L’appui qu’obtiennent les auteurs d’attentats terroristes auprès de la population musulmane et particulièrement les jeunes en est la preuve.
Cette interview est intéressante à plus d’un point. Tout d’abord cette réflexion : aucun intellectuel occidental adoptant une position équivalente à l’égard de l’islam ne se mériterait l’honneur d’une interview dans un grand périodique comme le Nouvel Observateur. Des expressions comme « maladie de l’islam » « fascisme de l’islam » « sortir de la malédiction » seraient immédiatement dénoncées comme islamophobes. Le fait qu’elles soient véhiculées par un penseur musulman leur donne une légitimité et une respectabilité naturelles. C’est comme si la critique de l’islam ne saurait être légitime et crédible que venant d’une source musulmane. A. Meddeb dit clairement ce que nos journalistes et intellectuels se refusent de penser. En divulguant une opinion aussi hétérodoxe, il s’expose à la vindicte de la majorité des musulmans. Peu de nos penseurs peuvent se vanter de posséder un tel courage.
Parlant de « maladie de l’islam » A. Meddeb pose le bon diagnostic, la violence de l’islamisme trouve sa source dans le coran. Nos « intellectuels » qui s’obstinent à faire faire mea culpa à l’occident et à l’accuser de tous les maux devront aller se reculotter. Si la violence de l’islamisme vient du coran, alors le traitement devra viser la cause du mal. C’est pourquoi A. Meddeb prescrit un traitement drastique à la mesure de la maladie, soit rendre obsolètes et inapplicables les injonctions répétées au djihad. Mais c’est plus facile à dire qu’à faire, c’est pourquoi la « guérison de l’islam » et « sortir de la malédiction » ce n’est pas pour demain.
L’optimisme d’A. Meddeb est-il justifié ? Je crois que nous avons le devoir d’être optimistes même si l’épreuve s’annonce plus ardue et plus longue que celles que l’occident a traversées avec les tyrannies nazie et communiste. Je crois cependant que la politique d’accommodement et d’apaisement, et plus encore la cécité volontaire, rendront l’épreuve encore plus difficile du fait que la lutte contre le fascisme islamique est entravée par ceux-là même qui se prétendent défenseurs des droits et des libertés.
Helios d’Alexandrie
"La où l'islam passe, la civilisation trépasse" Ibn Khaldoun
"l' islam est une loi pour les pourceaux" Ibn Roshd "Je suis le prophète du carnage. Je suis le rieur sanglant" Mahomet "le paradis est à l' ombre des épées" Mahomet
Les peuples non civilisés sont condamnés à rester dans la dépendance de ceux qui le sont.
Et la civilisation, c'est l'Occident, le Monde Moderne, dont la Turquie doit faire partie si elle veut survivre.
Mustafa Kemal, discours de 1928
Ibn Warraq défend l’Occident, critique Edward Saïd et l’islam
Warraq publie un livre critique sur l’œuvre d’Edward Saïd dont l’influence pernicieuse empêche les intellectuels de critiquer l’islam et de défendre la civilisation occidentale.
Interview de Ibn Warraq par FrontPageMagazine, le 8 janvier 2008. Traduction de Point de BASCULE
Quelques extraits :
« Ce qui rendait presque impossible toute critique de l’islam en particulier, et du monde non-occidental en général, était la peur chez les intellectuels occidentaux d’être appelés « orientalistes », conduisant à l’auto-censure et à un respect exagéré des sensibilités musulmanes. De la même façon aujourd’hui, des accusations d’islamophobie sont jetées à ceux qui osent critiquer la plus critiquable de toutes les religions, dans le but de réduire au silence et de régler hors cour ce qui sont, en fait, des préoccupations parfaitement légitimes quant à la sécurité et l’influence négative de l’islam sur les institutions occidentales.
Le résultat est mon nouveau livre, Defending the West (2007), une tentative pour aborder une nouvelle fois deux tâches connexes - la défense de l’Occident et une critique des arguments d’Edward Saïd qui ont réussi à taire la pensée critique et placer tous les intellectuels occidentaux sur la défensive. »
« Les pays islamiques ne pourront jamais faire des progrès s’ils continuent à blâmer tous leurs maux sur l’Occident et à refuser la liberté de conscience, le pluralisme religieux, la laïcité des institutions, l’égalité entre les hommes et les femmes et entre musulmans et non musulmans. »
« Il y a des musulmans modérés, mais l’islam lui-même n’est pas modéré. L’ Islam lui-même est une idéologie fasciste. Il n’
y a aucune différence entre l’islam et le fondamentalisme islamique, il y a tout au plus une différence de degré mais pas de nature. »
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L’invité de Frontpage Interview aujourd’hui est Ibn Warraq, un chercheur indépendant rattaché à un Think Tank humaniste aux États-Unis. Il est l’auteur de Why I am Not a Muslim (1995), et rédacteur en chef d’anthologies de la critique du Coran, The Origins of the Koran (1998), What the Koran Really Says (2002), et bientôt, Which Koran ? (2008) – tous édités chez Prometheus Books. Il a également édité une anthologie de témoignages d’ex-musulmans, Leaving Islam (2003). Les chroniques de Warraq ont paru dans le Wall Street Journal en Amérique et The Guardian de Londres, et il a pris la parole devant de distingués organes directeurs dans le monde entier, y compris l’Organisation des Nations Unies à Genève sur le thème de l’apostasie. Son dernier livre, intitulé Defending the West est une étude critique de la pensée d’Edward Saïd.
FP : Ibn Warraq, bienvenue à Frontpage Interview. C’est un honneur et un privilège de vous recevoir.
Warraq : Merci de me recevoir. Notre dernière conversation date d’il y a longtemps.
FP : Qu’est-ce qui vous a inspiré à écrire ce livre ?
Warraq : Mon nouveau livre, Defending the West est une extension et une conséquence logique de mes précédents travaux et préoccupations. Dans mon premier livre, Why I am Not a Muslim (1995), j’ai tenté de mettre en garde l’Occident sur la montée de l’islam militant. J’ai vu mon livre comme « mon effort de guerre » et je l’ai décrit comme tel. C’était un livre très ambitieux étant donné que je m’efforçais de démontrer la véritable nature totalitaire de l’islam et de soumettre l’islam à l’examen critique, tout en essayant de faire ressortir les points forts de la civilisation occidentale et de montrer pourquoi l’Occident est réellement préférable à l’engourdissement de l’esprit par les certitudes d’une religion qui est le résultat d’une mentalité médiévale.
Ce qui a rendu mes deux tâches - une critique de l’islam et une défense de l’Occident - beaucoup plus difficiles a été l’influence pernicieuse des œuvres d’Edward Saïd, Orientalism Culture and Imperialism. Ce qui rendait presque impossible toute critique de l’islam en particulier, et du monde non-occidental en général, était la peur chez les intellectuels occidentaux d’être appelés « orientaliste », conduisant à l’auto-censure et à un respect exagéré des sensibilités musulmanes. De la même façon aujourd’hui, des accusations d’islamophobie sont jetées à ceux qui osent critiquer la plus critiquable de toutes les religions, dans le but de réduire au silence et de régler hors cour ce qui sont, en fait, des préoccupations parfaitement légitimes quant à la sécurité et l’influence négative de l’islam sur les institutions occidentales. Le résultat est mon nouveau livre, Defending the West (2007), une tentative pour aborder une nouvelle fois deux tâches connexes - la défense de l’Occident et une critique des arguments d’Edward Saïd qui ont réussi à taire la pensée critique et placer tous les intellectuels occidentaux sur la défensive.
FP : Parlez-nous de l’influence d’Edward Saïd dans les sciences humaines.
Warraq : Edward Saïd, décédé en septembre 2003, était professeur d’anglais et de littérature comparée à Columbia University, et est l’auteur de plus de vingt livres sur des sujets culturels, littéraires et politiques tels que Joseph Conrad and the Fiction of Autobiography, Covering Islam, Musical Elaborations, The World, the Text, and the Critic. Saïd se voyait lui-même comme un palestinien et a défendu la cause palestinienne avec passion et rage, écrivant des livres influents sur le conflit comme The Politics of Dispossession, et Peace and Its Discontents. Sans doute son livre le plus influent - et à mon avis le plus pernicieux – a été Orientalisme (1978), donnant naissance à de toutes nouvelles disciplines telles que les études postcoloniales, et en influençant plusieurs autres telles que les Subaltern Studies. Les universités du monde entier ont empilé les honneurs sur Saïd - il aurait reçu au moins dix-sept doctorats honorifiques - et en même temps ce sont des centaines d’étudiants dont les thèses de doctorat ont porté sur l’orientalisme ou ont été influencées par cette œuvre. Du classique Oxford Classical Dictionary jusqu’à un livre sur les opéras de Mozart, on peut voir l’influence de Saïd à l’œuvre dans toutes les sciences humaines, réduisant presque à néant des siècles de recherches occidentales de tout premier ordre.
Prenez les études classiques. Le prestigieux classique The Oxford Dictionary [TOC], sous la rubrique sur l’historien et chef des mercenaires Xénophon, a un renvoi à une entrée sur « l’orientalisme », car Saïd nous a laissé un compte rendu de la vie du perse Cyrus le Grand. Mais l’article du TOC ne mentionne pas que Xénophon est en fait devenu à l’aise avec les Perses, et s’est penché sur les non-Grecs avec discernement mais de façon équitable en distinguant les Perses éclairés de ceux des tribus arriérées. Il ne va jamais au-delà d’un rejet justifié de ce qui est un manque de culture. Mais pour Saïd et ceux du même acabit tout regard critique sur les non-Européens est considéré comme « tendancieux », « raciste », et « orientaliste », rendant impossible pour des historiens, des sociologues et des anthropologues responsables de faire des évaluations inter-culturelles et de porter des jugements.
Le résultat c’est que nous, en Occident, tolérons maintenant, et ne condamnons certainement pas, les comportements barbares commis par les non-Européens. Les féministes occidentales restent scandaleusement silencieuses sur le traitement des femmes dans les sociétés islamiques.
Saïd rejette les classiques du canon occidental comme Les Perses d’Eschyle comme étant « orientaliste » et les classicistes occidentaux restent silencieux et ne viennent pas à la défense de la dramaturgie grecque. Loin d’être « raciste », le drame d’Eschyle est une tragédie qui accorde plein de dignité et d’humanité aux Perses, louant leur vaillance et leur éthique.
Dans les départements de littérature anglaise, les classiques de Jane Austen, de Charles Dickens à Rudyard Kipling sont rejetés comme « impérialistes » et « racistes ». Ainsi, malgré les preuves du contraire, Saïd affirme que Jane Austen cautionne l’esclavage - je présente des preuves pertinentes et, je crois, décisives, du contraire dans mon livre. Mais l’influence de Saïd est telle qu’une récente production de la BBC télévision, Austen Mansfield Park, a une scène sur une plantation de sucre dans les Antilles montrant la condition des esclaves. Bien entendu, aucun de ces lieux n’existe dans le roman original. Il y a seulement une référence à la traite des esclaves, et il ressort de tous ses autres écrits que Jane Austen était abolitionniste. Saïd détourne de la même manière le roman de Kipling, Kim. Mais une fois de plus son influence est telle que les différentes éditions du roman de Kipling publiées par Penguin comportent une préface de Saïd. Je donne de nombreux exemples de l’incompréhension totale de Saïd pour Kim et les romans de Austen.
Une discussion des opéras de Mozart, par exemple dans Mozart et les Lumières par Nicholas Till, est également entachée par la thèse orientaliste. Encore une fois je montre l’attitude généreuse et positive de Mozart à l’égard de « l’autre ».
Comme pour les arts visuels, je vais commencer par l’exemple suivant :
Dans le livre d’or au Dahesh Museum sur Madison Avenue, Upper Manhattan, il y a une entrée par une touriste, peut-être allemande, qui s’enthousiasme pour les peintures orientalistes de la collection, disant combien elle les aime et les admire. Puis, presque comme une réflexion après coup, comme si elle venait juste de se rappeler d’enfiler ses lunettes idéologiques, elle ajoute des mots à l’effet que, « bien sûr, elles étaient des œuvres orientalistes, et donc impérialistes et répréhensibles. » Apparemment, elle se sentait coupable d’avoir aimé et apprécié l’art orientaliste. Combien d’autres amateurs ordinaires de peintures, sculptures, dessins, aquarelles et gravures ont vu leur inclination naturelle pour apprécier les œuvres d’art orientalistes démolies, voire détruites par l’influence d’Edward Saïd et de ses disciples ? Combien de personnes ont vu leur jouissance de Jane Austen gâtée par la prétention insidieuse de Saïd que Austen approuvait l’esclavage ?
Beaucoup de récits de voyages d’Occidentaux sont rejetés comme « orientalistes ». Lorsque Saïd trouve que le compte rendu des voyages de Kinglake en terres islamiques, Eothen, est surévalué, Jacques Barzun le considère comme un chef-d’œuvre mineur.
Enfin, sur un sujet pour lequel j’ai un intérêt particulier : les études islamiques. Depuis un certain nombre d’années maintenant, les islamologues ont été conscients de l’effet désastreux de Orientalisme de Saïd sur leur discipline. Le Professeur Berg, de l’Université de Caroline du Nord, s’est plaint que l’influence de ce dernier a abouti à « une peur de poser et de répondre aux questions potentiellement embarrassantes - celles qui pourraient bouleverser les sensibilités musulmanes…. ».
FP : Serait-il juste de dire que Saïd a simplement menti dans une grande partie de son oeuvre ?
Warraq : Oui, en effet. Saïd déforme délibérément les travaux d’éminents intellectuels tels que Richard Southern et Raymond Schwab, faisant croire qu’ils entérinaient ses propres vues alors qu’en fait, ils affirmaient le contraire. Même si je ne m’aventure pas dans les écrits de Saïd sur le conflit israélo-arabe, des savants tels que Justus Reid Weiner ont montré comment Saïd a fabriqué toutes sortes de renseignements autobiographiques.
Prenons sa position palestinienne. Un homme est véritablement libre, dans une certaine mesure, de choisir l’identité qu’il souhaite, et qui sommes-nous pour ergoter si Saïd se définit lui-même comme un palestinien, et, peut-être, la justesse de la cause qu’un homme souhaite défendre est-elle distincte de la personnalité de l’homme qui tient à la défendre. Mais comment peut-on caractériser autrement que de frauduleux le fait que Saïd était disposé à accepter une indemnisation financière par le gouvernement israélien pour des pertes qu’il n’a jamais, en effet, subies ? Une autre des fabrications de Saïd concerne son domicile familial putatif à Jérusalem. Justus Weiner décrit la situation dans le détail, je tiens à souligner juste un aspect de la saga. Weiner écrit :
« En 1992, Said a écrit avoir entendu, des années plus tôt que« Martin Buber avait vécu dans la maison pendant un certain temps après 1948 » (italiques ajoutés par Weiner). L’an dernier, dans un discours à l’Université de Birzeit en Cisjordanie, il a amplifié cette pensée avec sa véhémence caractéristique : « La maison que ma famille a quittée en 1948 a été déplacée, elle a été également la maison où le grand philosophe juif Martin Buber a vécu pendant un certain temps, et Buber bien sûr était un grand apôtre de la coexistence entre les Arabes et les Juifs, mais il n’avait pas de problème à vivre dans une maison dont les habitants arabes avaient été déplacés. » Mais la vérité, c’est l’inverse : c’est la tante de Saïd qui a expulsé les Bubers - un événement sûrement mémorable qui a eu lieu durant la même période où Edward Saïd aurait grandi dans la même maison, et bien avant la guerre d’indépendance d’Israël en 1948. Mais il ne fait guère de doute pourquoi ni cet évènement, ni la présence et le déménagement hors de l’immeuble de la bibliothèque mémorable de quelque 15 000 livre de Martin Buber, n’a jamais figuré dans ses minutieux souvenirs de « ma belle maison ancienne ... dans la région d’Al-Talbie ». Les Bubers et leur bibliothèque étaient là. Saïd ne l’était pas." Ce n’est pas la première fois que Saïd a trahi un grand intellectuel.
FP : La gauche a simplement adoré Saïd. Il est comme une figure divine pour elle. Dites-nous pourquoi.
Warraq : Orientalism par Edward Said a donné une formule à ceux qui ne peuvent pas penser par eux-mêmes.
Son travail avait l’attrait d’un outil tout usage que ses acolytes avides, mal préparés intellectuellement, esthétiquement rudimentaires, pourraient appliquer à tout phénomène culturel sans avoir à penser de façon critique ou sans avoir à effectuer de véritables recherches archivistiques nécessitant la maîtrise des langues, ou des recherches dans des domaines nécessitant la maîtrise de la technique et une méthodologie rigoureuse. Orientalism affiche toutes les paresses et l’arrogance de l’homme de lettres qui n’a pas beaucoup de temps pour la recherche empirique ou, surtout, pour donner un sens à ses résultats. Sa méthode découle du mode de travail d’intellectuels et théoriciens français à la mode. Les existentialistes, structuralistes, déconstructionnistes et post-modernistes postulent tous des théories grandioses, mais malheureusement, elles sont basées sur de frêles fondations historiques ou empiriques. Claude Lévi-Strauss, avec seulement quelques années de travaux sur le terrain au Brésil, a construit une grande théorie des structures de l’esprit humain. Cette tradition a été poursuivie par Michel Foucault, sans doute l’un des plus grands charlatans des temps modernes.
Saïd, influencé par Foucault, Marx et la tradition intellectuelle française, refuse d’admettre des preuves qui ne rentrent pas dans son lit de Procuste déjà préparé. Saïd est un idéologue qui est fermé aux arguments, il estime que ses idées sur l’homme, l’histoire et la société sont évidentes, et tous ceux qui les contredisent sont soit stupides ou malveillants.
Mais pourquoi était-il si populaire parmi les intellectuels occidentaux ? Les intellectuels occidentaux de l’après Seconde Guerre mondiale et les gauchistes ont été consumés par la culpabilité du passé et du présent colonial de l’Occident, et ont embrassé de tout coeur toute théorie ou idéologie qui exprimait, ou du moins semblait exprimer, les aspirations contrecarrées des peuples du Tiers-Monde. Orientalism est arrivé au moment précis où la rhétorique anti-occidentale était à son plus strident - et était déjà enseignée dans les universités occidentales - et le tiers-mondisme était à son plus populaire. Jean-Paul Sartre prêchait que tous les hommes blancs étaient complices de l’exploitation du Tiers-monde, et que la violence contre les Occidentaux était un moyen légitime pour les hommes colonisés de se réapproprier leur virilité. Saïd est allé plus loin : « Il est donc normal que chaque Européen, dans ce qu’il a pu dire au sujet de l’Orient, est en conséquence raciste, impérialiste, et presque totalement ethnocentrique ».
Non seulement, pour Saïd, chaque Européen est-il un raciste, mais il doit nécessairement l’être. Comme je l’ai dit, la civilisation occidentale a été plus encline à l’auto-critique que toutes les autres grandes cultures. Ces admonestations auto-infligées sont bien loin des réductions sauvages de Saïd, et pourtant elles ont trouvé une nouvelle génération prête à les prendre à cœur. Blâmer et réprouver l’Occident, un jeu à la mode dans les années 1960 et 1970 que les jeunes impressionnables ont pris au sérieux, a les résultats que nous pouvons maintenant voir quand la même génération ne semble pas disposée à défendre l’Occident contre la menace la plus grave à laquelle elle est confrontée depuis les nazis.
Confrontés à la démonstration que Saïd est en effet une fraude, ses amis et sympathisants dans le monde universitaire éludent les critiques et les preuves, et prétendent, comme l’ont fait plusieurs commentateurs du livre de Robert Irwin sur Saïd, que Saïd peut effectivement s’être trompé sur les détails des notes de bas de pages, mais il n’en a pas moins dit une grande vérité. L’influence de Saïd, de ce fait, est le résultat d’une conjonction de plusieurs tendances intellectuelles et politiques : le tiers-mondisme de l’après-Algérie française et de l’après-Vietnam, la politisation des départements d’Anglais de plus en plus post-modernes qui ont évacué la vérité, la vérité objective, et l’influence de Michel Foucault. En effet, Saïd a joué sur chacune de ces astuces de confiance pour créer une fraude maîtresse qui a lié les universitaires américains et les tyrans du Moyen-Orient dans des liens inexprimés de complicité anti-américaine.
FP : Quelles ont été les réactions à vos travaux jusqu’à présent ? Des surprises ?
Warraq : Jusqu’ici, il y a eu trois commentaires très favorables, un de Bruce Thornton dans le City Journal, un de Michaell Weiss dans le New York Sun, et un autre de Rebecca Bynum.
Cependant, je suis sûr que l’establishment libéral qui a avalé tout rond le non-sens de Saïd, ne le prendra pas aisément, et j’attends quelques attaques violentes dans le New York Times, The New York Review of Books, et en Angleterre, le London Review of Books et le quotidien The Guardian. Roger Scruton a déjà dit qu’il faut écrire pour choquer autant de gens que possible, et je crois que j’ai écrit un tel livre. Après tout, il n’y aurait aucun sens à l’écriture d’un livre sur un homme qui n’a absolument aucune influence et qui n’a pas été jugé important. Malheureusement, Saïd continue à empoisonner les jeunes esprits, et pour cette raison, il mérite d’être critiqué dans un ouvrage solide mais aussi érudit que possible.
FP : Qu’espérez-vous votre ouvrage contribuera à atteindre ?
Warraq : Permettez-moi de répondre par un exemple. Avant même que mon livre ait été publié il y a eu une description de celui-ci et une photo de la couverture sur Amazon.com. Un historien de l’art m’a écrit que la seule description lui a donné confiance pour défendre certaines œuvres de peintres français du 18ème siècle qui avaient jusque-là été rejetées comme « orientalistes » dans le sens péjoratif de Saïd. J’espère que les conservateurs de musées d’art vont maintenant dépoussiérer des œuvres abandonnées dans des caves humides parce qu’on les avait qualifiées d’« orientalistes ».
J’espère également que les départements de sciences humaines dans les universités occidentales regagneront leur confiance et enseigneront les canons occidentaux d’une manière dénuée de honte - de Hérodote et Eschyle à George Eliot et Jane Austen. Que les véritables orientalistes tels que Sir William Jones, Ignaz Goldziher et bien d’autres dont je parle dans mon livre recevront la reconnaissance qui leur est due en tant que grands intellectuels qui ont consacré leur vie à la redécouverte des multiples créations de l’humanité et à l’histoire de notre passé. Que les universités vont revenir à leur mission traditionnelle de recherches scientifiques marquées non par la rectitude politique mais par l’éternel travail de recherche de la vérité objective.
FP : J’aimerais aborder certains aspects personnels et aussi avoir votre point de vue sur certains développements récents, ainsi que sur les conflits auxquels nous sommes confrontés en général.
Tout d’abord, pourriez-vous partager quelques pensées pour nous sur votre propre cheminement spirituel et intellectuel - où vous situez-vous à l’heure actuelle ? Je dis cela dans le contexte du long chemin que vous avez parcouru. Et je veux aussi dire en général. Avez-vous, par exemple, changé au fil des ans ? Avez-vous un regard sur quelque chose qui est peut-être différent de celui que vous aviez dans le passé ? Qu’est-ce qui pèse lourd sur votre conscience ces jours-ci ? Par exemple, où vous situez-vous politiquement ? Vous considérez-vous, par exemple, conservateur, etc ? Et que diriez-vous sur l’état de votre foi ? Vous voyez-vous aujourd’hui comme un athée, un agnostique, un croyant, etc ?
Warraq : Bien sûr, j’ai évolué au fil des ans. Comme un grand humoriste irlandais, Spike Milligan, avait coutume de dire : « J’ai changé mes idées, mes chaussettes et mes sous-vêtements ». J’ai changé mon avis sur des questions économiques et politiques, et je ne porte certainement plus les pantalons de velours que je portais dans les années soixante.
J’ai oublié quel homme politique européen du 19e siècle a déclaré : « si vous n’êtes pas socialiste quand vous êtes jeune, vous n’avez pas de cœur, mais si le demeurez en vieillissant, vous n’avez pas de cerveau ». Je n’ai jamais été un adhérent de partis, ou attiré par les idéologies, mais quand j’ai voté, à la fois en France et en Grande-Bretagne, j’ai voté respectivement en faveur de François Mitterrand, un socialiste, et de James Callaghan, le leader du Parti travailliste. Mais les événements transformateurs des trente dernières années, tels que l’effondrement du communisme et le succès de l’économie de marché des pays d’Asie, signifient que je suis moins attiré par l’intervention des pouvoirs publics dans l’ensemble de l’économie. Je suis sceptique des plans grandioses car ils sont tous utopiques. Je reste sceptique et empiriste. Le marché peut-il réellement régler tous nos problèmes ? Sûrement une sorte d’intervention de l’Etat pourrait être jugée nécessaire pour nous protéger contre l’exploitation effrénée par des entrepreneurs sans scrupules. Et le marché a une fâcheuse influence sur la qualité de la culture, il peut contribuer à l’abêtir.
FP : Il y a, bien sûr, des musulmans anti-fascistes courageux comme Thomas Haidon et Mahmud Hasan qui veulent essayer d’amener l’islam dans le monde moderne et démocratique. Comme nous le savons, ils font face à un énorme défi et à des obstacles énormes, peut-être insurmontables. L’effort pour « réformer » l’islam ne va pas très bien, pour dire le moins. Y a-t-il un espoir dans ce domaine ? Quelles sont vos pensées sur la possibilité d’une Réforme islamique ainsi que sur l’idée de ne pas renoncer à soutenir une telle réforme ?
Warraq : Je n’ai pas de réponse courte à la question de la possibilité d’une réforme en Islam. Voici quelque chose que j’ai écrit plus tôt :
Comme il n’existe pas de pape ou même, en principe, un clergé organisé dans l’islam comment pourrait-on jamais savoir si une Réforme islamique a eu lieu ? La Réforme d’une personne sera la décadence d’une autre personne. Ma perspective sera tirée de la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948, que de nombreux musulmans continuent de ne pas accepter. Je pense que ceux qui acceptent cette dernière Déclaration seraient d’accord qu’une Réforme de facto a eu lieu dans les sociétés islamiques, comme par exemple au Pakistan ou en Égypte, si l’on devait constater que les conditions suivantes sont maintenant obtenues chez eux :
1. La place subalterne de la femme a laissé la place à la pleine égalité sociale et juridique. Les femmes ont la liberté d’action, peuvent se déplacer seules, sont autorisées à découvrir leur visage, et ont les mêmes droits à la propriété et les mêmes droits successoraux que les hommes, et leur témoignage devant une cour de justice est égal à celui des hommes.
2. Aucune fille n’est forcée de se marier et aucune jeune fille n’est autorisée à se marier avant d’avoir atteint sa pleine maturité physique. Chaque femme est libre d’épouser un homme de son choix, sans l’autorisation de parents ou d’un tuteur, ou de rester célibataire si tel est son choix. Les femmes musulmanes sont libres d’épouser des non-musulmans. Elles sont libres de divorcer et ont droit à une pension alimentaire en cas de divorce.
3. Les femmes ont un accès égal à une éducation laïque, l’égalité des chances pour l’enseignement supérieur, et sont libres de choisir leur sujet d’étude. Elles sont libres de choisir leur propre travail et sont autorisées à participer pleinement à la vie publique, de la politique aux sports en passant par les arts et les sciences.
4. Tous les citoyens sont égaux devant la loi, sans distinction de race, de religion, de croyance ou d’orientation sexuelle. En d’autres termes, les non-musulmans (chrétiens, juifs, païens, zoroastriens, hindous, bouddhistes, athées) et les homosexuels jouissent des mêmes droits que les musulmans.
5. Le DJihad au sens militaire est rejeté car il ne respecte pas les droits des non-musulmans. La liberté d’expression, la liberté de pensée et de croyance, la liberté intellectuelle et de la recherche scientifique, la liberté de conscience et de religion - y compris la liberté de changer de religion ou de conviction - et la liberté d’être en dehors de la religion - la liberté de ne pas croire en aucune divinité - sont tous protégés, et où le blasphème n’est pas un crime. Ces libertés comprennent le droit d’examiner les fondements historiques de l’islam, et d’expliquer la montée et la chute de l’Islam par les mécanismes normaux de l’histoire humaine, et la liberté de critiquer l’islam et le Coran
6. Nul ne peut être soumis à des châtiments cruels tels que la mutilation de membres pour vol et la lapidation à mort pour adultère. Des exemplaires des Versets Sanatiques de Salman Rushdie, et de Why I am not a Muslim par Ibn Warraq sont disponibles librement. Eh bien, au moins celui-ci plutôt que celui-là !
Mais comment une telle réforme est-elle probable dans les sociétés islamiques d’aujourd’hui ? L’islam peut-il mettre en place de telles réformes et demeurer l’islam ? Il y a certains musulmans libéraux qui, je crois, veulent avoir leur gâteau et le manger. Ces libéraux font souvent valoir que le véritable islam est compatible avec les droits de l’homme, que le véritable islam est féministe, que le véritable islam est égalitaire, que le véritable islam tolère les autres religions et croyances, et ainsi de suite. Ils procèdent ensuite à certaines réinterprétations véritablement créatrices des versets embarrassants, intolérants, belliqueux et misogynes du Coran.
Mais l’honnêteté intellectuelle exige que nous rejetions ce genre de bricolages malhonnêtes des textes sacrés qui, bien qu’ils puissent être ouverts à certaines réinterprétations ne sont pas infiniment élastiques. Comme tactique, ça ne marchera tout simplement pas soit parce qu’échanger des versets avec les fondamentalistes est se battre sur leur territoire. Pour chaque texte que les musulmans libéraux produisent, les mollahs apportent des dizaines de contre-exemples beaucoup plus légitimes en termes exégétiques, philosophiques et historiques.
La réforme ne peut pas être atteinte sur ces modalités - quelle que soit la gymnastique mentale qu’effectuent les libéraux réformistes ils ne pourront échapper au fait que l’islam orthodoxe est incompatible avec les droits de l’homme. Il y a des musulmans modérés, mais l’islam lui-même n’est pas modéré. L’Islam lui-même est une idéologie fasciste. Il n’y a aucune différence entre l’islam et le fondamentalisme islamique, il y a tout au plus une différence de degré mais pas de nature. Tous les principes du fondamentalisme islamique sont tirés du Coran, de la Sunna, des hadith – le fondamentalisme islamique totalitaire est une construction des juristes musulmans fondée sur les textes fondamentaux de l’islam.
La seule solution est d’amener les questions de droits de l’Homme hors de la sphère religieuse et dans la sphère de l’État civil, en d’autres termes, séparer la religion de l’État et promouvoir un État laïque où l’islam est relégué à la vie personnelle où il continuerait à fournir la consolation, le réconfort, et du sens pour des millions d’individus. Les sociétés islamiques sont-elles sécularisables ? Oui, voici mes raisons de penser cela.
Depuis le 11 septembre, chaque journaliste a été désireux de souligner que dans l’Islam il n’y a pas de séparation entre la mosquée et l’État. En effet, en arabe classique il n’y a pas de paire de mots correspondant à « laïc » et « religieux », « spirituel » et « temporel ». Mais ce que ces mêmes journalistes ne parviennent pas à ajouter est que le manque de doctrine de la séparation d’une mosquée et de l’État ne signifie pas que l’histoire islamique est une chronique d’une implacable série de théocraties musulmanes. Au contraire, comme l’a démontré récemment Carl Brown, l’histoire musulmane a été marquée par une séparation de fait de l’État et de la communauté religieuse.
Beaucoup de leaders modernes de pays à la culture islamique étaient laïques dans leur perspective et leur approche aux problèmes de l’industrialisation des sociétés modernes : des dirigeants tels Muhmmad Ali Jinnah du Pakistan, Nasser en Égypte, Sukarno en Indonésie. Malheureusement, la corruption, le népotisme, l’incompétence, l’asservissement aux désirs des mollahs, l’obscurantisme des savants religieux, et surtout l’échec économique dans les pays islamiques ont conduit à l’augmentation de l’influence des fondamentalistes islamistes qui, sentant que leur temps est venu, ont exigé l’introduction de plus en plus d’islam dans la vie publique.
D’autres indications que les sociétés islamiques sont sécularisables viennent de la République islamique d’Iran, de tous les lieux. L’Iran a adopté plusieurs des institutions des démocraties occidentales qui n’ont rien à voir avec l’islam historiquement ou doctrinalement, des institutions telles que les élections populaires, une assemblée constituante, un parlement, et même une constitution inspirée de la Constitution française de 1958.
La preuve empirique ne confirme pas la sagesse conventionnelle qui veut que l’islam militant soit né du désespoir économique. Néanmoins, les islamistes sont habiles à exploiter les échecs économiques et politiques de presque tous les régimes dans le monde islamique. Ainsi, seule l’introduction d’un gouvernement représentatif et responsable qui puisse améliorer les conditions économiques de son peuple peut chasser le vent qui souffle sur les voiles des islamistes. La démocratie fera en sorte que les citoyens auront des débouchés légitimes pour exprimer leurs griefs, avec espoir d’améliorer leur vie. À l’exception partielle de la Turquie, il n’y a pas une seule démocratie stable dans le monde islamique. Il n’est pas surprenant que les musulmans qui vivent sous des régimes répressifs se tournent vers les islamistes pour le soutien moral et économique.
Comment la sécularisation a-t-elle eu lieu dans l’Occident chrétien ? Certains des facteurs impliqués dans la sécularisation de l’Occident ont été les suivants : le progrès de la connaissance en général et de la science en particulier a signifié que les critères de rationalité pouvaient être appliqués aux dogmes religieux avec des effets dévastateurs. La critique de la Bible a conduit à l’abandon d’une lecture littérale de la Bible, à la tolérance religieuse et au pluralisme religieux qui ont finalement conduit à la tolérance et au pluralisme tout court. Comme le savant Chadwick a dit, « une fois concédée l’égalité à un groupe distinctif, vous ne pouviez pas la limiter à ce groupe. Vous ne pouviez pas la limiter à des protestants ni, plus tard, aux chrétiens ni, enfin, à ceux qui croient en Dieu. Un marché libre dans certaines opinions est devenu un marché libre dans toutes les opinions ... La conscience chrétienne a été la force qui a commencé à rendre l’Europe « laïque » : permettre de nombreuses religions ou aucune religion dans un État, et rejeter toute forme de pression sur l’homme qui a accepté ou qui a rejeté les axiomes hérités de la société .... Ma conscience m’appartient ».
Quelles leçons pouvons-nous tirer de ce processus de sécularisation de l’Occident ? Tout d’abord, nous qui vivons dans la liberté de l’Occident et jouissons de la liberté d’expression et d’investigation scientifique, nous devrions encourager le regard rationnel sur l’islam, la critique du Coran. Seule la critique coranique peut aider les musulmans à regarder leurs saintes écritures de manière plus rationnelle et objective, et empêcher les jeunes musulmans de se fanatiser par les versets les moins tolérants du Coran. Cela n’a pas de sens de déplorer l’absence d’une réforme en islam, et en même temps de boycotter des livres comme « Why I am Not A Muslim ». Au lieu de cela, les dirigeants politiques, les journalistes et même les universitaires sont déterminés à protéger les tendres sensibilités des musulmans. Nous ne faisons pas de faveurs à l’islam en le protégeant des valeurs des Lumières.
Deuxièmement, par le simple fait de protéger les non-musulmans dans les sociétés islamiques, nous encouragerons le pluralisme religieux, qui à son tour peut mener au pluralisme en général. En insistant sur l’article 18 de la Déclaration universelle des droits de l’Homme, qui dispose que « Chacun a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion : ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction.. », nous desserrons l’emprise des fanatiques, nous encourageons, selon les paroles de Chadwick, un marché libre de toutes les opinions, en d’autres termes, la démocratie.
Nous pouvons encourager la rationalité par l’éducation laïque. Cela se traduira par la fermeture des madrassas religieux où de jeunes enfants issus de familles pauvres apprennent seulement le Coran par coeur, ils apprennent la doctrine du djihad, bref, ils apprennent à être des fanatiques. L’échec de l’administration centrale, au Pakistan, par exemple, à fournir des écoles gratuites et la prospérité économique pour tous les citoyens a conduit à la montée des madrasas où les enfants des familles pauvres reçoivent une certaine scolarité et de la nourriture que leurs parents ne peuvent fournir. Au Pakistan, il est clair que beaucoup de ces écoles religieuses sont financées par l’Arabie saoudite. L’Occident doit faire tout son possible pour réduire l’influence idéologique et financière des Saoudiens, et plutôt encourager le Pakistan à fournir gratuitement une éducation laïque pour tous les enfants, garçons et filles. L’Occident peut apporter de l’aide avec des ficelles attachées à cette fin.
Quel type d’éducation ? On espère que l’éducation encouragera la pensée critique et la rationalité. Là encore, pour encourager le pluralisme, je voudrais voir les gloires de l’histoire pré-islamique être enseignées à tous les enfants. Mais l’éducation seule ne peut pas résoudre les problèmes.
Plusieurs millions de jeunes diplômés entrent sur le marché du travail pour apprendre que leur formation n’a pas ouvert les portes de la prospérité économique dont ils avaient rêvé. L’éducation sans débouchés économiques conduit à la fin à des frustrations sociales qui ne peuvent que servir les fondamentalistes.
Les pays islamiques ne pourront jamais faire des progrès s’ils continuent à blâmer tous leurs maux sur l’Occident. Les pays islamiques ont besoin de leaders charismatiques capables d’auto-critique qui peuvent dire à leur peuple que le problème n’est pas dans nos étoiles, mais en nous-mêmes ; que nous sommes des exécutants ; pas plus que la faute incombe à un certains complot impérialiste-sioniste présumé ; des dirigeants qui peuvent conduire leurs peuples à la démocratie, qui peuvent instituer un État civil et un code uniforme des lois civiles distinctes et indépendantes des institutions religieuses, mais permettant le libre choix des croyances et pratiques religieuses et qui peuvent adopter une loi visant à consacrer les droits de tous ses citoyens, hommes et femmes, musulmans et non musulmans tels qu’ils sont énoncés dans la Déclaration universelle des droits de l’Homme et les différentes conventions des Nations unies ; qui ont instauré une éducation laïque gratuite pour tous.
L’Occident doit revoir son soutien inconditionnel et continu de l’Arabie saoudite qui est responsable de la propagation de l’islamisme radical. L’Occident va-t-il encourager la laïcité dans le monde musulman quand deux de ses récents dirigeants, Tony Blair, et maintenant, Gordon Brown, et George W. Bush, ont fait plus que tous les autres dirigeants de l’Occident depuis 1945 pour introduire de plus en plus de religion la sphère publique ? Je leur rappelle les mots de James Madison, « Il n’y a pas l’ombre d’un droit pour le gouvernement à s’immiscer dans la religion. La moindre interférence serait la plus flagrante des usurpations. »
FP : Quels sont vos projets futurs à court terme ? Quels projets avez-vous en tête ? Comment voyez-vous votre contribution à la prochaine bataille ? Qu’est-ce qui, finalement, vous pousse et vous incite à agir ? La bataille peut nous épuiser et souvent nous désillusionner. D’où tirez-vous votre énergie et votre inspiration, votre courage et votre passion d’aller de l’avant ?
Warraq : Je tiens à travailler sur deux projets. Tout d’abord, je voudrais revenir sur un certain type de critique de l’interprétation coranique, de nature philologique et historique. J’ai la chance d’être impliqué avec certains universitaires allemands qui sont des pionniers dans le domaine de l’histoire de la montée de l’islam, et de la collecte du Coran, en particulier sa relation avec les antécédents linguistiques syriaques dans le Proche-Orient.
Je tiens également à faire des recherches sur des aspects positifs et négligés de la civilisation occidentale, à écrire sur sa singularité, et essayer d’expliquer les raisons de son succès évident.
FP : Ibn Warraq, je vous remercie de vous être joint à nous. Et je vous remercie pour votre courage et votre inestimable contribution à la lutte pour la vérité historique et la liberté - et contre l’amnésie historique et la tyrannie.
Warraq : Merci beaucoup pour m’avoir écouté patiemment.
Source : Defending the West, par Jamie Glazov, FrontPageMagazine.com, le 8 janvier 2008, www. Frontpagemagazine.com
"La où l'islam passe, la civilisation trépasse" Ibn Khaldoun
"l' islam est une loi pour les pourceaux" Ibn Roshd "Je suis le prophète du carnage. Je suis le rieur sanglant" Mahomet "le paradis est à l' ombre des épées" Mahomet
Les peuples non civilisés sont condamnés à rester dans la dépendance de ceux qui le sont.
Et la civilisation, c'est l'Occident, le Monde Moderne, dont la Turquie doit faire partie si elle veut survivre.
Mustafa Kemal, discours de 1928
Boualem Sansal : «Nous vivons sous un régime national-islamiste» :
Auteur du succès, « Le Village de l'Allemand» (Gallimard), le grand romancier algérien s'explique, dans cette interview au Nouvel Observateur, sur les liens entre hitlérisme et islamisme et la politique de Bouteflika. Extraits.
N.O. - Pour reprendre le titre d'un livre paru en 1990, votre roman propose en somme une nouvelle vision, extrêmement sombre, des rapports entre «le croissant et la croix gammée» (1). D'autant qu'à l'arrière-plan se profile le rôle des services secrets égyptiens de Nasser... Ce passé-là en tout cas, volontiers méconnu - sinon occulté, nous entraîne très loin des visions manichéennes de la décolonisation qui ont souvent cours. N'est-ce pas une nouvelle façon pour vous de déconstruire l'histoire de la libération nationale en Algérie (dont vous avez déjà dénoncé les mythes, notamment dans «Poste restante: Alger» [1])?
Boualem Sansal. - Quand j'ai décidé de faire de l'histoire de cet Allemand la trame d'un roman, je me suis retrouvé avec beaucoup de questions sans réponses. Je n'ai hélas pas pu me rendre dans ce village pour mener enquête. Tant de choses ont changé en Algérie depuis le début des années 1980 qu'il m'est vite apparu inutile de m'y rendre. Durant la «décennie noire», tout déplacement était suicidaire, le pays était sous contrôle des GIA. Et plus tard, alors que la sécurité sur les routes s'était améliorée, j'y ai renoncé, je me suis dit que le village était au mieux sous la coupe d'un notable issu de l'Alliance présidentielle, donc livré à la gabegie et à la corruption, au pire sous la férule d'un émir «résiduel» du GIA et que toute trace de cet Allemand avait dû être effacée. J'ai recueilli quelques dires ici et là, et puisé dans les livres pour reconstituer la possible trajectoire de cet homme, et d'une manière générale de ces criminels de guerre nazis qui se sont réfugiés dans les pays arabes. [2] En avançant dans mes recherches sur l'Allemagne nazie et la Shoah, j'avais de plus en plus le sentiment d'une similitude entre le nazisme et l'ordre qui prévaut en Algérie et dans beaucoup de pays musulmans et arabes. On retrouve les mêmes ingrédients et on sait combien ils sont puissants. En Allemagne ils ont réussi à faire d'un peuple cultivé une secte bornée au service de l'Extermination; en Algérie, ils ont conduit à une guerre civile qui a atteint les sommets de l'horreur, et encore nous ne savons pas tout. Les ingrédients sont les mêmes ici et là: parti unique, militarisation du pays, lavage de cerveau, falsification de l'histoire, exaltation de la race, vision manichéenne du monde, tendance à la victimisation, affirmation constante de l'existence d'un complot contre la nation (Israël, l'Amérique et la France sont tour à tour sollicités par le pouvoir algérien quand il est aux abois, et parfois, le voisin marocain), xénophobie, racisme et antisémitisme érigés en dogmes, culte du héros et du martyre, glorification du Guide suprême, omniprésence de la police et de ses indics, discours enflammés, organisations de masses disciplinées, grands rassemblements, matraquage religieux, propagande incessante, généralisation d'une langue de bois mortelle pour la pensée, projets pharaoniques qui exaltent le sentiment de puissance (ex: la 3ème plus grande mosquée du monde que Bouteflika va construire à Alger alors que le pays compte déjà plus de minarets que d'écoles), agression verbale contre les autres pays à propos de tout et de rien, vieux mythes remis à la mode du jour.... Fortes de cela, les dictatures des pays arabes et musulmans se tiennent bien et ne font que forcir. Plus que mille discours, cinq petits jours de Kadhafi à Paris ont suffi pour édifier les Français sur la nature de nos raïs. Ah, quelle morgue, ce Kadhafi! Maintenant, ils peuvent comprendre ce que nous subissons tous les jours qu'Allah nous donne à vivre sous leurs bottes.
N.O. - Votre Ministre des Anciens combattants a récemment déclaré que Nicolas Sarkozy devait son élection, en France, à l'appui d'un «lobby juif». Faut-il y voir une sorte de résurgence - ou de symptôme - du passé qu'évoque votre roman?
Boualem Sansal. - N'était la réaction française qui a éveillé notre attention, les propos scandaleusement antisémites d'un de nos ministres, comme ceux du chef du gouvernement contre Enrico Macias, seraient passés inaperçus chez nous. Il faut le savoir, nos oreilles sont saturées, nous n'écoutons jamais les insanités de nos sinistres gouvernants. De Ben Bella à Bouteflika, c'est le même discours de haine, enseigné dans nos écoles et nos mosquées, relayé et amplifié par la télévision et les officines de la propagande.
N.O. - Ce qui frappe de plein fouet à la lecture, ce qui est très violent dans votre roman, c'est évidemment le jeu de miroir entre le nazisme d'hier et l'islamisme d'aujourd'hui. Le journal de Rachel insiste sur la spécificité de l'Extermination. Mais son frère Malrich, qui perçoit l'imam de sa cité comme un SS, va jusqu'à écrire: «quand je vois ce que les islamistes font chez nous et ailleurs, je me dis qu'ils dépasseront les nazis si un jour ils ont le pouvoir». Dans quelle mesure partagez-vous ce point de vue?
Boualem Sansal. - Nous vivons sous un régime national-islamiste et dans un environnement marqué par le terrorisme, nous voyons bien que la frontière entre islamisme et nazisme est mince. L'Algérie est perçue par ses enfants eux-mêmes comme une «prison à ciel ouvert», disent les uns, et comme «un camp de concentration», disent les autres qui meurent à petit feu dans les cités. On ne se sent pas seulement prisonniers de murs et de frontières étanches, mais d'un ordre ténébreux et violent qui ne laisse pas même place au rêve. Nos jeunes ne pensent qu'à se jeter à la mer pour rejoindre des terres clémentes. Ils ont un slogan qu'ils répètent à longueur de journée en regardant la mer: «Mourir ailleurs plutôt que vivre ici». Les Harragas (les brûleurs de routes) avant d'être des émigrés clandestins sont des prisonniers évadés. Ils devraient être accueillis en tant que tels et non comme des hors-la-loi que l'on punit de la manière la plus cruelle: en les renvoyant au pays.
N.O. - En ce qui concerne la menace islamiste, plusieurs événements récents donnent hélas raison à l'inquiétude et à la noirceur qui imprègnent votre roman: les attentats qui viennent de se produire à Alger, par exemple. Des voix s'élèvent pour mettre en cause la responsabilité de la politique de «Réconciliation nationale» menée par le président Bouteflika. Est-ce aussi votre avis? Entre l'épisode sanglant des villageois égorgés par le GIA en 1994 - que l'on trouve dans votre livre - et ces attentats-suicides orchestrés par Al-Qaïda, quelle évolution voyez-vous se dessiner?
Boualem Sansal. - La «Charte pour la Réconciliation nationale» de M. Bouteflika n'est pas un moyen de rétablir la paix et ce qui va avec, la justice, la vérité, la démocratie, la culture, la prospérité. Elle est un anneau de plus à la chaîne totalitaire que le régime du FLN a déroulée sur le pays depuis l'indépendance. Elle ne dit rien d'autre que cela: «Réconciliez-vous autour de moi, Bouteflika, que les islamistes cultivent leur champ et que les démocrates et les laïcs cultivent le leur, l'Algérie est riche pour tous». Nous avions une Algérie qui se battait pour la liberté, nous voilà avec deux Algérie séparées par un fossé plein de sang et d'amertume. En vérité, la Réconciliation avait un autre objectif: couvrir les chefs de l'Armée et des Services secrets coupables de crimes massifs durant la «décennie noire», redorer le blason du régime, apporter une pièce maîtresse au dossier de M. Bouteflika qui rêve d'être couronné Nobel de la Paix. Le Dr. Saïd Saadi, chef du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) a récemment déclaré que l'Algérie était en voie d'«irakisation». Je partage ce point de vue. Tant que le régime sera là, le désordre ira croissant. Comme elle le fut dans les premières années de son indépendance, une terre d'expérimentation où tous les vendeurs d'utopies dans le monde venaient proposer leurs recettes-miracles, l'Algérie sera, comme l'Irak, un terrain où viendront s'affronter toutes les factions et toutes les mafias du monde. El-Qaïda l'a bien compris, elle y a installé une succursale. Hier, c'était les Frères Musulmans, puis les Afghans, aujourd'hui, c'est la nébuleuse El-Qaïda et demain, on rebattra les cartes et de nouveaux acteurs apparaîtront. Le système corrompu et nauséabond du FLN est ainsi, il attire les mouches. Le barrage à cela est une démocratie insérée dans l'ensemble maghrébin et l'Union méditerranéenne.
N.O. - Comment lutter contre cette menace terroriste? Votre livre pose à de nombreuses reprises la question, mais n'apporte guère de réponse... Quel rôle peuvent jouer les démocraties occidentales? La façon dont Sarkozy vient de recevoir Kadhafi est-elle, comme il le dit, une voie possible pour encourager la démocratie face à l'islamisme?
Boualem Sansal. - Avec des régimes comme ceux de Bouteflika et Kadhafi, les démocraties occidentales ne peuvent pas grand-chose. Tout ce qu'elles diront et feront sera retourné contres elles et contre nous. Nos leaders sont de redoutables tennismen. Ils connaissent tous les coups pour détruire les balles en vol. Comme d'habitude, ils se dresseront sur leurs ergots et crieront : ingérence, colonialisme, néocolonialisme, impérialisme, atteinte à nos valeurs islamiques, lobby juif, etc! La menace terroriste ne les gêne pas plus que ça. En tout cas, ils veulent la gérer selon leurs vues et besoins tactiques, loin du regard étranger. «Le terrorisme reste à définir», disait Kadhafi en Espagne. Bouteflika avait dit une chose similaire. La menace terroriste est pour eux pain béni, elle leur permet de maintenir la société sous étroite surveillance et ridiculiser ses prétentions démocratiques, toujours présentées comme susurrées par l'Occident dans le but d'affaiblir nos valeurs nationales. La méthode Sarkozy est peut-être une voie. En recevant les dictateurs, en travaillant avec eux, on les légitime, certes, mais peu à peu on les déshabille, on les montre sous leur vrai jour, on les implique dans des projets communs. Ne se sentant plus menacés par les discours de l'Occident sur les droits de l'homme, ils pourraient avancer sur la voie de la normalité (je le dis sans trop y croire). La méthode implique que dans nos pays, la société civile et les partis politiques se mobilisent pour accentuer la pression interne. Quoi qu'il en soit, il est trop tôt pour juger de l'efficacité de la méthode Sarko. J'aurais quand même préféré qu'il reçoive Kadhafi dans la discrétion, ce richissime bandit ne méritait pas tant d'égards.
N. O. - Qui peut agir alors?
Boualem Sansal. - La lutte contre l'islamisme, matrice du terrorisme, réclame un engagement des musulmans et de leurs théologiens. Il leur revient de sauver leur religion et de la réconcilier avec la modernité, faute de quoi l'islam finira par n'être plus que l'islamisme. Mais le danger dans les pays arabes et musulmans est tel qu'aucun théologien n'ose entreprendre ce nécessaire travail d'ijtihad. Et les intellectuels qui s'y emploient avec talent dans les démocraties occidentales (Soheib Bencheikh, Malek Chebel, Mohamed Arkoun, Abdelwahab Meddeb...) ne sont guère entendus dans nos pays. Mon humble avis est que l'islam a déjà trop pâti de l'islamisme et du nationalisme arabo-musulman, je ne vois pas comment il pourrait reprendre le chemin des Lumières qui jadis fut le sien.
N. O. - L'islamisation de certaines cités de banlieue, en France, est également au cœur du livre: non seulement on y «fabrique» des talibans, mais c'est un véritable état (totalitaire) dans l'état (républicain) qui se dessine. Un état avec ses lois et son impôt: «la cité sera bientôt une république islamique parfaitement constituée», prophétise Malrich. Pire, il la compare à un «camp de concentration», dont les habitants, en proie au désœuvrement, seraient sous l'autorité tyrannique de l'imam leurs propres «kapos». Là-encore, ce diagnostic extrêmement radical (du personnage) vous semble-t-il justifié? N'est-il pas quelque peu caricatural? Et si non, sur quels éléments vous fondez-vous?
Boualem Sansal. - Le diagnostic de Malrich n'est pas exagéré. C'est la triste réalité. Dans nos pays, les cités populaires abandonnées par l'Etat à la misère, au banditisme et à l'islamisme sont déjà des camps de concentration. Certaines banlieues françaises sont de la même manière sous la coupe des gangs mafieux et islamistes, en connexion avec les gangs d'Algérie et les réseaux salafistes d'El-Qaïda dans le monde. Le journaliste Mohamed Sifaoui, à travers ses enquêtes sur le terrain et ses documentaires, en a apporté la preuve. Moi-même, au cours de mes déplacements en France, j'ai eu l'occasion de le constater et de l'entendre de la bouche même des habitants de ces cités.
N.O. - Le seul remède indiqué par votre roman, ici encore dans la filiation de Primo Levi, c'est l'usage de la parole, le souci de dire la vérité contre l'oubli, le mensonge, le silence. Pensez-vous que l'écriture peut être une arme politique? Au moment du 11 septembre 2001, vous aviez été l'un des rares et tout premiers intellectuels de culture musulmane à dénoncer le fanatisme. Vous sentez-vous moins seul aujourd'hui?
Boualem Sansal. - Le Verbe est tout. Il peut tuer et ressusciter. Je ne me situe évidemment pas à ce niveau. J'écris pour parler, parler à des gens, des frères, des amis, des passants tranquilles, et même, s'ils le veulent bien, à ceux qui rêvent de détruire l'humanité et la planète. Ce sont les lecteurs qui font des livres une arme politique. Plus ils sont nombreux et plus ils sont forts, ils peuvent s'associer, crier, brandir le poing et chasser ceux qui nous font du mal avec leur fanatisme, leurs mensonges, leurs rapines, leurs crimes. Le 11 septembre a été pour nous tous un choc terrible. Ce jour, nous avons commencé à comprendre que l'islamisme était dans une démarche autrement plus radicale que celle que nous lui attribuions: lutter contre les tyrans en terres d'islam et instaurer la charia. Sa véritable démarche est l'extermination de l'autre, le croisé, le Juif, l'athée, le musulman laïc, la femme libre, le démocrate, l'homosexuel, etc (la liste ne cesse de s'allonger). Il n'est limité dans son projet que par l'absence entre ses mains d'armes de destruction massive. Devant une telle folie, la mobilisation a été bien timorée. Pire, ici et là, on a composé avec lui, on lui a fait des concessions (voile islamique, gestion des mosquées, éducation, prêches à la télé, fermeture des écoles enseignant en français...), on lui a abandonné des zones entières (des villes et des banlieues) et très peu aujourd'hui osent aborder frontalement la question de l'islamisme, encore moins celle de l'islam, otage de l'islamisme. En Algérie, en application de la «Réconciliation», ce mot, comme celui de terroriste et beaucoup d'autres, ont tout simplement disparu du vocabulaire des officiels. On parle «d'égarés manipulés par la main de l'étranger». On revient toujours au complot contre la nation algérienne.
Propos recueillis par Grégoire Leménager
«Le Village de l'Allemand ou le journal des frères Schiller», par Boualem Sansal, Gallimard, 256 p., 20 euros.
(1) «Le Croissant et la croix gammée
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"La où l'islam passe, la civilisation trépasse" Ibn Khaldoun
"l' islam est une loi pour les pourceaux" Ibn Roshd "Je suis le prophète du carnage. Je suis le rieur sanglant" Mahomet "le paradis est à l' ombre des épées" Mahomet
Les peuples non civilisés sont condamnés à rester dans la dépendance de ceux qui le sont.
Et la civilisation, c'est l'Occident, le Monde Moderne, dont la Turquie doit faire partie si elle veut survivre.
Mustafa Kemal, discours de 1928