EGYPTE - HARCELEMENT SEXUEL : Les femmes ripostent avec les poings
Victimes de harcèlement quotidien dans la rue, certaines égyptiennes réagissent : elles prennent des cours de self-défense, déposent des plaintes devant la justice, ou mènent des campagnes de sensibilisation. Avec le soutien de certains hommes engagés, elles ont décidé de ne pas attendre que les autorités réagissent face à un phénomène qui prend de plus en plus d’ampleur.
Dans la rue égyptienne, il y a deux mots à ne pas confondre : «moaksa», la drague, et «taharouche», le harcèlement. La drague, c’est le lot quotidien des jeunes filles : des sifflements dans la rue, des regards appuyés, de petites phrases lancées «dès que je sors de chez moi, à l’aller comme au retour», explique Amal, 33 ans. Une forme de «drague» que 83% des femmes subissent régulièrement, selon une étude du Centre égyptien pour les droits de la femme, une ONG qui a contribué à médiatiser le sujet. Le harcèlement, «taharouche», c’est autre chose. Amal sait aussi de quoi il s’agit. Un jour, alors qu’elle était dans le bus, un homme a touché ses fesses. «J’ai déchaussé mes sandales, et je l’ai frappé avec», lance-t-elle dans un éclat de rire. «Les mots, je les supporte, mais il y a une limite à ne pas franchir : il ne faut pas qu’on me touche !», explique-t-elle en montrant ses muscles. Comme elle, elles sont de plus en plus nombreuses à opter pour la manière forte. Amani, 24 ans, peaufine ses techniques : «Tu lui donnes un coup de coude dans le bas ventre, mais tu peux aussi lui écraser les orteils, ça fait très mal», explique-t-elle, démonstration à l’appui. Elle a décidé de prendre des cours de self-défense dans une association de jeunes après avoir vu des vidéos circulant sur internet.
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Des frustrations multiples
Mais cela suffira-t-il à enrayer le phénomène ? Pour Heba Habib, psychiatre et spécialiste des violences faites aux femmes, le harcèlement a des racines profondes : c’est une manière pour les hommes de redistribuer la violence dont ils sont eux-mêmes victimes. «L’oppression sexuelle, le manque de moyens pour pouvoir se marier, le manque d’opportunités de s’épanouir professionnellement et de canaliser son énergie, c’est autant de choses que l’on déverse sur la première femme qui bouge», explique-t-elle. Le harcèlement se répercute ainsi dans toutes les couches de la société. Nawla Darwish, présidente de l’Association pour la femme nouvelle, estime qu’il faudrait pouvoir intervenir aussi sur les lieux de travail, où le harcèlement est chronique. «Il faut changer les mentalités, et laisser plus de place à la société civile», assure-t-elle. Mais pour l’instant, les autorités égyptiennes ne semblent pas s’être réellement saisies du problème. Suzanne Moubarak, la femme du chef de l’Etat, qui se présente comme une féministe, s’est contentée de déclarer dans le journal Al Ahram que «le harcèlement sexuel ne peut pas être considéré comme un phénomène à cause de quelques incidents isolés».
http://www.rewmi.com/EGYPTE-HARCELEMENT ... 18093.html






