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pierremoselle
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Message non lu par pierremoselle »

Bonjour,

j'ai une question au sujet de l'expansion de l'islam.

Est-ce que l'apostasie ne conduit pas à remettre, en totalité ou en partie, en question ou de douter de l'histoire de l'expension de l'islam ? Surtout dans ce quelle a de plus incroyable ?

Par exemple:
Les historiens, tout en ne pouvant pas l'expliquer, ont souligné l'importance et la rapidité de la première conquête qui en un siècle permit rapidement aux Arabes sous-équipés et sous-entraînés de ravir à des empires séculaires et solidement établis un immense espace, du littoral atlantique aux déserts d'Asie centrale.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Expansion_de_l'islam

Est-ce qu'une partie de l'expension n'aurait pas déjà eu lieu avant Mahomet ?

Je pense aussi à l'ensemble constitué du Coran et des hadiths de Boukari et Muslim. Si au cours de l'expension de l'islam, il s'agissait de texte plus ou moins différents , avec des choses en plus ou en moins et dans des langues différentes (dialectes arabes) avec un sens différent, alors ne peut-on pas parler de plusieurs religion de type islamique ? Et même en allant plus loin de religion ou il est peu ou pas question de Mahomet ? Pour être plus concret et pour donner un exemple, est-on sûr qu'il était question de ramadan à l'époque où d'Al Ansalous ?

En allant encore plus loin, si l'on considère que l'islam n'est pas seulement une religion mais aussi une défintion de ce que doit être la société et de la vie privée, alors si les textes de base ne sont pas toujours les mêmes ?

A+
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Proust
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Message non lu par Proust »

Je n'arrive pas à comprendre ta question, l'expansion de l'islam a commencé forcément avec l'islam.
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Angelotin
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Message non lu par Angelotin »

Est-ce que l'apostasie ne conduit pas à remettre, en totalité ou en partie, en question ou de douter de l'histoire de l'expension de l'islam ? Surtout dans ce quelle a de plus incroyable ?
L'apostasie, c'est ne plus croire en des propositions théologiques d'une religion. L'histoire est d'un autre domaine, celui de la science (archéologie, datation, analyse des textes, etc...).
Si on adhère à la théorie que les civilisations suivent des processus d'évolutions, elles passent à moment donnée par la possibilité de la "conquete" pour s’agrandir. Mahomet fait partie de la période des conquérants de l'antiquité. Il n'est pas le seul à avoir fait des conquêtes avec des expansions rapides (Alexandre le Grand, genghis khan. Jules Ceaser).
La plus grande expansion historique mondiale connu est Européenne a partir de la renaissance avec la colonisation. Aujourd'hui, même les pays musulmans subissent l'influence des pays occidentaux sans s'en rendre compte.
Les pays musulmans ont abandonné le systême politique du Califat pour prendre celui de "la république". L’exception reste l’Arabie saoudite (seule monarchie restant au monde) et un peu près le reste de la planète à suivi.
Le monde vestimentaire des Européens ont eu aussi une influence culturelle planétaire.
Corée en costard
Image
Mohammed Mahdi Akef, l’ancien chef des Frères musulmans en Egypte, en costard.
Image

Penses-tu que c'est incroyable? le fait d'un miracle? Je ne le pense pas, tout comme l’expansion rapide de l'islam par sa colonisation armée et culturelle dans une autre époque.
Dernière modification par Angelotin le lun. 3 févr. 2014 15:48, modifié 1 fois.
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pierremoselle
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Message non lu par pierremoselle »

Désolé de ne pas avoir été clair.

Je vais essayer de m'expliquer mieux et autrement.

Aujourd'hui, l'islam semblerait assez bien définie autour du coran et des hadiths de Muslim et Boukari.
Dans le passé, il me semble que c'était moins net, par exemple:

- les Corans découvert au Yemen en 1972 sont assez loin de l'actuel ?
- certains des Corans de la péninsule ibérique allaient de pair avec des recueil de poésie qui semblaient au même niveau ?
- a t'on découvert des recueils d'hadiths de Muslim et Boukari de l'époque d'Al Andalous ?

Le gros argument de mon collègue prosélytique était la force de l'islam qui n'évoluait pas dans le temps ni dans l'espace.

L'islam, en tant que religion et modèle de société n'a t"il pas énormément changé dans le temps et dans l'espace ? Surout si l'on considère que son expension a été beaucoups moins rapide que ce que l'on peut lire ? Au point de parler de différentes religions de type islamiques, avec un rôle plus ou moins important pour Mahomet ?

Au sujet de Mahomet, est-ce qu'il faut penser:

- qu'il s'agit d'un grand conquérant comme Alexandre Le Grand et qui aurait été, en quelque sorte divinisé ?

- que la conquête , c'est pas tout à fait lui , mais avant lui et après lui (les Omeyades) ?
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Angelotin
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Message non lu par Angelotin »

Tu sembles déjà posséder des éléments historique et tu demandes une confirmation. ?

je vais détricoter le sac de noeud avec ma boite à outils.
Une religion désigne un ensemble de courant qui apparaisse dans le temps et montre l'évolution de celle-ci au fur et à mesure.
L'islam désigne l'ensemble des courants qui apparaisse dans le temps et montre l'évolution de celle-ci dans le temps.
Après la mort du fondateur, dès le départ de cette secte, il y a eu scission entre deux courants chiites et sunnites. Les querelles et les séparations religieuses n'ont pas attendue.

ex d'évolution:
Le soufisme est né par exemple dans un environnement chiite ( Bagdad au IXe siècle). À quelques exceptions près (comme certaines voies naqshbandies), toutes les voies spirituelles se rattachent traditionnellement au Prophète par l'intermédiaire d'Ali ibn Abi Talib (chiisme).
Le soufisme s’étant répandu et évolué. Ce courant est désormais réconnu par les 4 écoles sunnites.

ex d'évolution:
L'esclavage fut pratiqué à grande échelle par l'islam selon ses recommandations. Cette pratique est désormais abandonné.
que la conquête , c'est pas tout à fait lui , mais avant lui et après lui (les Omeyades) ?
Il a conquit quelques territoires et le reste à été fait par ses adeptes après sa mort.
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j'ai peux etre pas compris tes questions pour mieux te répondre.
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Message non lu par pierremoselle »

Merci pour la réponse et la carte. Je connais un peu l'histoire de l'islam mais je n'arrive pas à déméler ce qui semble vrai de ce qui est contestable. Par exemple, pour cette carte, te semble t'elle ok ou alors plutôt arrangée ?
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punkafir
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Message non lu par punkafir »

angelotin a écrit : ex d'évolution:
L'esclavage fut pratiqué à grande échelle par l'islam selon ses recommandations. Cette pratique est désormais abandonné.
Helas pas entierement, elle est toujours pratiquee seulement moins ouvertement. :(
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Message non lu par yacoub »

L'esclavage demeure au Maroc, en Mauritanie, au Soudan et en Arabie mais il est discret.
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Papayou
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Message non lu par Papayou »

sans oublier la loi sur le parrainage au Qatar et en Arabie saoudite

"Human Rights Watch a observé que la Loi sur le parrainage du Qatar est l'une des plus restrictives de la région du Golfe, dans la mesure où les ouvriers ne peuvent pas changer de travail sans la permission de leur employeur, qu'ils travaillent depuis deux ou vingt ans, et où tous les salariés doivent obtenir la signature d'un « permis de sortie » par l'employeur qui les parraine pour pouvoir quitter le pays. L'Arabie Saoudite est le seul autre pays du Golfe qui ait également conservé le système problématique du permis de sortie, tandis que les autres pays de la région permettent désormais aux travailleurs de changer de travail à la fin de leur contrat, ou après une période de deux à trois ans au service de leur premier employeur. [...] Les lois du Qatar interdisent également aux ouvriers migrants de se syndiquer ou de se mettre en grève, bien que l'Organisation Internationale du Travail (OIT) reconnaisse la liberté d'association comme un droit fondamental du travail. Une proposition récente du gouvernement pour la formation d'un « syndicat des travailleurs » ne répond pas aux exigences minimales définissant la liberté d'association, puisqu'elle réserve tous les postes décisionnaires aux citoyens qataris, a affirmé Human Rights Watch."

http://www.hrw.org/fr/news/2012/06/12/q ... imes-dabus
et si Dieu était un sous-chef et qu'il n'ait rien dit à son patron ? Gustave Parking

la liberté de culte c'est le droit qu'a chacun de prendre des décisions pour lui-même mais ça ne lui donne pas le droit d'utiliser son dogme pour contrôler les autres. Barry Lynn

Offended you are ? A shit I don't give !

tu as peur de notre savoir avoue le. Titine. 2013
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Angelotin
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Re: Présentation

Message non lu par Angelotin »

je n'arrive pas à déméler ce qui semble vrai de ce qui est contestable. Par exemple, pour cette carte, te semble t'elle ok ou alors plutôt arrangée ?
Je te demanderai d'avoir en instinct ce réflexe de la vérification par toi-même pour te faire ta propre opinion.

Je retrouve des schémas similaires à plusieurs endroits sur le net.
J'en ai une autre sur l’expansion des conquêtes islamiques au moyen-age.
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Au vu des cartes, Mahomet est finalement un petit conquérant!!! :lollol
Gengis Khan.
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Alexandre le Grand.
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Sinon, il ne faut pas oublié que le christianisme et le boudhisme se sont répandu sans l'aide d'une armée, contrairement à l'islam.
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Helas pas entierement, elle est toujours pratiquee seulement moins ouvertement.
Je me doutais bien que vous alliez me sauter sur le poil. Je ne suis pas naïf, même en Mauritanie, c'est encore pratiqué en dessous de table. En dépit de son interdiction officielle en 1981, l'esclavage est une pratique qui persiste, concernant encore entre 10 et 20 % de la population
Mais avouez que c'est pas non plus l'époque du grand marché des esclavages à Alger ou de Marrakech.

Les acheteurs sont assis et les esclaves à vendre passent au milieu lors d’un premier défilé. Si un acheteur est intéressé il demandera un examen plus approfondi de la "marchandise". Carte postale de 1908 à Marrakech.
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Message non lu par Innana »

Bonjour !

Pour ce qui est de la question de l'expansion de L'islam, ou plutôt les conquêtes,arabes du 7ème et suivants,voici un lien intéressant.
J'avoue que la question m'intéresse, mais que je n'ai pas les réponses.

http://www.iesr.ephe.sorbonne.fr/index6661.html

Le problème, ce sont les sources sûres.et pour ceci,on ne peut s'appuyer entièrement sur les récits de la,Sira, ou du Coran.

En particulier pour l'historicité de Mahomet, aucune sources syriaque, byzantine ou perse ne le mentionne réellement.
Le(autre problème, la position réelle de La Mecque, voir même de Medine, Yatrib, ???
Aucune carte ne mentionne La Mecque à cet endroit.

Et ensuite, c'est une question, à t- on la preuve de l'existence réelle des quatre premiers califes.La je ne sais pas.
Quand je dis existence réelle, c'est à dire par des sources autre qu'islamiques.
Merci!
"La liberté, c'est la liberté de dire que 2 et 2 font 4. Lorsque cela est accordé, le reste suit." George Orwell, 1984

DOM JUAN: Je crois que deux et deux sont quatre, Sganarelle, et que quatre et quatre sont huit.
TARTUFFE :Couvrez ce sein que je ne saurais voir:
Par de pareils objets les âmes sont blessées,
Et cela fait venir de coupables pensées.
DORINE:Vous êtes donc bien tendre à la tentation,
Et la chair sur vos sens fait grande impression!
Certes je ne sais pas quelle chaleur vous monte:
Mais à convoiter, moi, je ne suis pas si prompte,
Et je vous verrais nu du haut jusques en bas
Toujours Molière ! :
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nexus
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Message non lu par nexus »

Pour info

La conquête musulmane de l'Occident
Philippe Conrad
Historien. Directeur de séminaire au Collège Interarmées de Défense

Il a suffi des dix années qui ont suivi la mort du Prophète Mohammed, survenue à Médine en 632, pour que la carte de l'Orient soit complètement bouleversée. Après la défaite infligée aux Byzantins sur les rives du Yarmouk dès 636, les Perses sassanides sont vaincus à Qâdissiya l'année suivante. Damas, Jérusalem et Ctésiphon tombent en quelques mois aux mains des cavaliers arabes porteurs de la foi nouvelle et, dès 639, une première incursion dans le delta du Nil prélude à la chute d'Alexandrie, évacuée par les Byzantins en 642, puis reprise avant de tomber définitivement aux mains des musulmans en 645. La facilité avec laquelle l'Égypte a été subjuguée – conséquence des antagonismes religieux qui l'opposaient à Constantinople – encourage naturellement les conquérants à pousser plus loin vers l'ouest. Dès 642, Barca et la Cyrénaïque passent au pouvoir des envahisseurs, qui s'emparent de Tripoli l'année suivante.

Un siècle plus tard, le Maghreb, largement converti et mobilisé contre un ennemi commun, lance ses armées par-delà le détroit de Gibraltar. Après avoir conquis l'Espagne, les musulmans, arrêtés à Poitiers par les chevaliers francs, vont lancer des raids de pillages sur les côtes italiennes, envahir la Provence, s'installer en Sicile… Il faudra attendre la prise de Tolède en 1085 et le début des croisades pour voir s'inverser le rapport de forces.

Au-delà des chroniques, des récits légendaires et des chansons de geste, c'est en historien que Philippe Conrad retrace ici les principaux événements de ces quatre siècles d'expansion arabo-musulmane vers l'Occident.


Les conquérants musulmans à l'assaut de l'Afrique du Nord

La proximité des riches terroirs de l'Africa – que les Arabes nommeront Ifriqiya et qui forme l'actuelle Tunisie – et les perspectives de butin qu'offrent ses nombreuses et opulentes cités ne peuvent que susciter les convoitises des vainqueurs de l'Égypte même si les premiers califes demeurent réticents à l'idée de pousser aussi loin les conquêtes arabes. Les sources relatives à l'irruption des musulmans en Afrique du nord-ouest sont rares et postérieures d'un ou deux siècles aux événements qu'elles relatent. Il convient donc de tenir compte du caractère légendaire de certains épisodes et de la volonté de donner à divers personnages une dimension héroïque sans doute bien éloignée de la réalité historique. Alors que le calife Omar était résolument hostile à toute nouvelle poussée vers l'ouest, son successeur Othman autorise le gouverneur d'Égypte, Abdallah ibn Sa'd, à tenter l'aventure. En 647, Ibn Sa'd écrase près de Sufetula (Sbeitla) l'armée byzantine du patrice Grégoire qui est tué au cours de l'affrontement.

Le pillage de Sufetula et les razzias opérées dans le sud de la Byzacène – l'actuelle Tunisie centrale – permettent alors d'accumuler un énorme butin et, quand les Byzantins proposent de verser une grosse indemnité de guerre pour acheter le repli des envahisseurs, ceux-ci – qui ne disposent pas des moyens nécessaires pour assiéger les villes du nord de l'Ifriqiya – acceptent de bonne grâce de regagner l'Égypte.


Berbères et Byzantins face aux Arabes

La défaite byzantine et les possibilités de razzia qu'offrait la province devaient naturellement entraîner de nouveaux raids, mais les difficultés liées à la succession du calife Othman et la rupture entre les partisans de l'Ommeyade Mo'awiya et ceux d'Ali, gendre du Prophète, offrent un sursis inespéré à l'Afrique byzantine et berbère. En 665, une armée califale bat les forces byzantines débarquées à Hadrumète et se replie sur l'Égypte avec un important butin mais il faut attendre Oqba ben Nafi, qui avait déjà réalisé un raid fructueux dans le Fezzan, pour que les musulmans s'établissent de manière permanente dans la région. C'est en 670 qu'il fonde, au cœur de la Byzacène, une place d'armes, Qairawan, appelée à devenir la grande cité de Kairouan, place chargée de tenir en respect les Byzantins toujours présents dans les villes côtières mais aussi les Berbères, capables de menacer, à partir de leur bastion aurèsien, les voies de communication avec la Cyrénaïque et l'Égypte.

Mal récompensé des services rendus, Oqba est remplacé par Abou el Mohajir qui, plus politique que son prédécesseur, cherche l'alliance de certaines tribus berbères. Rentré en grâce quelques années plus tard, Oqba reçoit en 681 le commandement suprême des forces musulmanes du Maghreb et lance vers l'ouest son fameux raid dont les historiens arabes nous disent qu'il l'a conduit jusqu'aux rives de l'Atlantique. L'étude critique des textes montre que cette expédition n'a pas dû dépasser la vallée du Chélif et que la mer devant laquelle son chef prend Dieu à témoin de ne pouvoir avancer au delà ne serait que la Méditerranée. Au retour de ce raid vers l'ouest, Oqba est surpris en 683 par une coalition formée de Byzantins et de Berbères placés sous les ordres du prince awraba Kosaila et trouve la mort lors du combat livré à Tahouda, au sud de l'Aurès. L'échec était de taille pour les Arabes qui abandonnent toutes leurs conquêtes à l'ouest de la Cyrénaïque alors que Kosaila entre en vainqueur à Kairouan. Le pays n'en reste pas moins vigoureusement disputé. Une armée arabe l'emporte en 686 sur Kosaila qui est tué mais elle ne laisse qu'une simple garnison à Kairouan et, surprise par un corps byzantin débarqué à Barca, elle est massacrée sur le chemin du retour. Le calife Abd el-Malik ne s'avoue pourtant pas vaincu et envoie en Afrique une nouvelle armée qui réussit à s'emparer de Carthage en 695 mais une flotte byzantine reprend la ville à la faveur des difficultés que rencontrent les Arabes face aux Berbères.


La Kahina, héroïne berbère

Leur chef, Hassan ibn en-Noman el-Ghassani, doit en effet affronter une révolte générale conduite par une femme connue sous son surnom de Kahina, « la Prêtresse ». On ne sait rien ou à peu près à son sujet, si ce n'est qu'elle réussit à écraser l'armée arabe sur les rives de la Meskiana, entre Aïn-Beïda et Tebessa, contraignant Hassan à se replier sur la Tripolitaine. Il réapparaît en Byzacène et reprend Carthage en 698 pour la remplacer, au fond du golfe, par la ville nouvelle de Tunis qui apparaît davantage à l'abri d'une attaque venant de la mer. Précaution superflue dans la mesure où les flottes musulmanes commencent à cette époque à surclasser les flottes byzantines en Méditerranée. Bientôt la fameuse formule d'Ibn Khaldoun selon laquelle « à cette époque, les chrétiens ne pouvaient faire flotter une planche sur la mer… » deviendra une réalité et déterminera de manière décisive les succès musulmans. L'Empire byzantin a dès lors perdu l'Afrique et ne maintiendra plus sa présence que pendant quelques années à Septem (Ceuta) et dans l'archipel des Baléares.

Les Arabes n'en ont pas fini pour autant avec les Berbères mais la division de ceux-ci leur facilite la tâche. Soutenue par les nomades, la Kahina s'est mise à dos les sédentaires et les citadins attachés à un retour rapide de la paix, fût-ce au prix de la domination arabe. Fondée sur cette distinction entre les différents genres de vie berbères, la thèse développée par Émile Félix Gautier, le grand historien des Siècles obscurs du Maghreb, a été discutée et son caractère trop systématique a été mis en cause mais il n'en reste pas moins certain qu'elle contribue à éclairer les conditions dans lesquelles la conquête arabe a pu se réaliser au tournant des VIIe et VIIIe siècles. Après avoir reçu du calife ommeyade d'importants renforts, Hassan finit par l'emporter et la célèbre rebelle est vaincue et tuée dans l'Aurès en 702. Rappelé à Damas, Hassan est remplacé par Mousa ibn Nosayr qui reçoit, sans doute en 705, le gouvernement de l'Ifriqiya désormais indépendant de celui de l'Égypte. Mousa pousse les conquêtes jusqu'aux rivages atlantiques et soumet le Maghreb occidental où, selon l'historien Charles-André Julien, il impose aux diverses tribus berbères – Bergwhata, Gomara, Miknasa, Masmouda, Lemtouna – une « vigoureuse politique de conversion à l'Islam ». Une fois acquis le ralliement des citadins d'Ifriqiya et de Tingitane, il suffit d'entraîner les Berbères les plus belliqueux à la conquête de la péninsule ibérique pour s'assurer le contrôle d'un Maghreb désormais mobilisé contre un ennemi commun.


La Berbérie musulmane résiste à la domination orientale

Les succès remportés au nord du détroit de Gibraltar auraient certes pu contribuer au renforcement de la nouvelle unité politique et religieuse de l'Afrique septentrionale mais le particularisme berbère demeurait trop fort et trouva rapidement à s'exprimer dans l'adhésion au kharidjisme, un puritanisme schismatique, ascétique et égalitaire appelé à jouer un rôle déterminant dans l'histoire de l'Islam nord-africain. Dès 740, la pression fiscale exercée par les représentants des califes ommeyades déclenche la révolte et deux armées califales envoyées d'Orient sont successivement écrasées par les rebelles qui ne sont arrêtés qu'en mai 742 devant Kairouan. La fin de la dynastie ommeyade et le déplacement vers Bagdad de la capitale califale permettent à l'Afrique de jouir d'une quasi indépendance. Les conquérants arabes ont ainsi perdu pour une bonne part le contrôle du Maghreb mais l'Islam y est désormais solidement implanté. Kairouan est finalement reconquise par le gouverneur d'Égypte en 761 mais il ne peut imposer son autorité qu'à l'Ifriqiya proprement dite – l'un de ses successeurs réalise, de 772 à 787, une éradication définitive des schismatiques de cette région – alors que s'établissent durablement, dans le Maghreb central et occidental, les royaumes kharidjites de Tiaret, de Tlemcen et de Sidjilmassa.

La naissance du royaume idrisside organisé autour de Fez par un chérif descendant du Prophète et la formation de l'émirat aghlabide qui contrôle l'Ifriqiya et impose son autorité de Bône à Tripoli tout en ne conservant que des liens assez formels avec le nouveau califat abbasside de Bagdad, ne remettent pas en cause l'islamisation du Maghreb où, contre la doctrine hanéfite, le malékisme – qui, par son rigorisme correspond aux aspirations spirituelles du monde berbère – s'impose au cours du IXe siècle. C'est à l'émirat aghlabide que l'Islam doit, à partir de 827, la conquête de la Sicile qui ne sera terminée qu'en 902, puis celle de Malte en 870. S'appuyant sur les Berbères Kotama, c'est au nom du mahdi shi'ite Obeid Allah qu'un chef de guerre acquis à l'ismaëlisme, Abou Abdallah, va détruire le royaume aghlabide pour lui substituer un califat shi'ite « fatimide » qui, au cours du Xe siècle, étendra son autorité sur l'ensemble du Maghreb et sur l'Égypte, conquise en 969, où le calife El-Moizz vient installer sa capitale au Caire quatre ans plus tard.

Entre-temps, l'un des successeurs d'Obeid Allah a dû écraser en 947 la révolte de « l'homme à l'âne », Abou Yazid, dernier sursaut de la Berbérie nomade et kharidjite contre un pouvoir perçu comme étranger. Mis en place par le calife fatimide pour gouverner l'Afrique du Nord, les Zirides – qui devront bientôt compter avec la dynastie rivale des Hammadides – entrent en dissidence et reconnaissent en 1048 l'autorité du calife adbasside et sunnite de Bagdad.


L'invasion hilalienne

Une rébellion qui va coûter très cher à l'Afrique du Nord puisque, pour la punir, le calife fatimide du Caire lance sur elle les tribus arabes et pillardes des Beni Hillal qui nomadisaient au sud de l'Égypte. Ibn Khaldoun, qui écrit au XIVe siècle, nous rapporte que « semblables à une armée de sauterelles, ils détruisirent tout sur leur passage », ne laissant aux Zirides que Madhiya et aux Hammadides d'autre choix que de se réfugier à Bougie qui voit naître alors sa vocation maritime et corsaire.

Pour Charles-André Julien, « l'invasion hilalienne est à coup sûr l'événement le plus important de tout le Moyen Âge maghrébin. C'est elle, bien plus que la conquête musulmane, qui a transformé le Maghreb pour huit siècles. Avant les Hilaliens, ce pays, l'Islam mis à part, était resté profondément berbère de langue et de coutumes. Il l'était redevenu sur le plan politique à mesure qu'il avait secoué l'autorité de l'Orient… Les Bédouins apportèrent avec eux leurs mœurs pastorales ; avant leur arrivée, il semble que les Berbères, sédentaires et nomades, avaient réussi, tant bien que mal, à répartir les terres qu'il leur fallait. La venue des Hilaliens remit en cause cette harmonie des deux genres de vie qu'exigent le climat et le relief du Maghreb. Avec eux, le nomadisme se fit envahissant, arrachant à la culture des céréales ou des vergers des terres qui étaient faites pour elle, ruina par asphyxie villages et villes secondaires, ne laissant subsister qu'une mince frange agricole le long des côtes, autour des villes qui demeuraient ou à l'intérieur des massifs montagneux que le flot arabe contourna sans le pénétrer… » Islamisée dès le VIIIe siècle, l'antique Berbérie n'était ainsi véritablement « arabisée », que quatre siècles plus tard, à partir du milieu du XIe siècle.


La conquête…

Comme dans le cas de l'Afrique du Nord, les sources relatives à la conquête musulmane de l'Espagne sont rares et tardives. La Chronique mozarabe date de 754 et les Chroniques asturiennes ont été rédigées à la fin du IXe siècle. Selon la tradition, l'avènement du roi wisigoth Roderic a suscité l'opposition des descendants de Witiza, le souverain qui l'a précédé, et une partie de l'aristocratie wisigothique aurait ainsi fait appel aux musulmans. Après une première reconnaissance conduite en 710 de Tarifa à Algésiras, le gouverneur de Tanger Tarik ben Ziyad franchit le détroit au printemps de 711 avec sept mille hommes et s'installe sur les flancs du rocher auquel il a donné son nom, le Djebel al-Tarik, devenu Gibraltar. Composée essentiellement de contingents berbères, l'armée d'invasion, qui a reçu des renforts, affronte celle du roi Roderic en juillet 711. Trahi par des contingents wisigoths acquis à ses rivaux, le roi est tué au cours de la bataille qui se termine sur une victoire totale des musulmans. Exploitant rapidement son succès, Tarik laisse à deux détachements le soin de s'emparer des cités du sud du pays et marche sur Tolède, la capitale wisigothique, qui se rend sans résister. Après avoir accompli une reconnaissance de grande envergure en direction du nord-ouest, le conquérant revient en 712 vers Tolède où l'a rejoint Musa ibn Nosayr, le gouverneur de l'Afrique du Nord qui lui amène d'importants renforts berbères et arabes. Musa s'est emparé entre-temps de Séville et de Mérida, qui lui a opposé une farouche résistance, alors qu'un lieutenant de Tariq s'assurait pour sa part le contrôle de Cordoue, appelée à devenir bientôt la capitale de l'Espagne musulmane. Chargé de briser une première révolte de Séville, Abd el-Aziz, le fils de Musa, prend Malaga et Iliberis – Grenade – avant de pousser jusqu'à la région de l'actuelle Murcie alors gouvernée par le prince wisigoth Théodemir, qui conclut avec les vainqueurs un accord lui permettant, contre le paiement d'un tribut, de conserver le contrôle de la région.

L'année suivante, Abd el-Aziz prend Huelva et Lisbonne pendant que Musa et Tariq marchent sur Saragosse qui tombe en 714 avec toutes les villes de la vallée moyenne de l'Ebre. Remontant la vallée du fleuve, Musa soumet le comte ibéro-romain Cassius – qui, une fois converti, sera à l'origine de la lignée des Banu Qasi – puis, poussant vers l'ouest, il va obtenir la soumission de Leon, d'Astorga et de la Galice. Reparti vers le sud, il s'empare de Salamanque alors que Tariq, au nord-est du pays, a pris Tarragone et Barcelone.

Il a donc suffi de quelques années pour réaliser la conquête d'un vaste territoire où s'était développé le plus brillant des royaumes « barbares » d'Occident ; un succès aussi rapide des envahisseurs a conduit les historiens à s'interroger sur les raisons qui pouvaient l'expliquer. Le royaume wisigoth avait rencontré de nombreuses difficultés depuis la fin du VIIe siècle : problèmes de succession au trône, crise économique, épidémies de peste, hostilité de la minorité juive régulièrement visée par les législations antijudaïques promulguées lors des conciles de Tolède, mauvaises récoltes liées à des sécheresses catastrophiques… Celles-ci ont sans doute pesé lourd et il convient aussi de rappeler qu'à la différence des Francs dans le nord de la Gaule, les Wisigoths ne constituent qu'une minorité dominante qui ne s'est pas fondue dans la masse ibéro-romaine, naturellement conduite à voir en eux des occupants étrangers. Les fils de Witiza, hostiles à Roderic, se sont très bien accommodés de la victoire musulmane. Contre leur renonciation au trône, Akhila, Ardabast et Olmund ont pu conserver le patrimoine foncier des rois de Tolède. Leurs partisans ont suivi leur exemple et se sont surtout préoccupés de sauvegarder leurs domaines qu'un ralliement intéressé aux vainqueurs leur a souvent permis d'accroître, au détriment du clan des vaincus.


…ou la « perte de l'Espagne »

Les habitants de la péninsule n'eurent sans doute pas conscience de ce que pouvait représenter à terme la conquête musulmane. L'idée de la « perte de l'Espagne » et la nostalgie de l'unité hispanique réalisée par la monarchie wisigothique n'apparaîtront que plus tard, autour du petit noyau de résistance que constituent les régions montagneuses du nord-ouest, future base de la Reconquista des siècles suivants. Il faut également se rappeler que ce n'était pas la première fois que des éléments étrangers intervenaient en Espagne wisigothique. Le roi Athanagilde avait fait appel aux Byzantins qui avaient rétabli, pendant quelque temps, l'autorité impériale sur certaines régions du sud-est du pays. Sisenand avait recherché l'appui des Francs et les partisans de Witiza n'avaient fait que confirmer, pour vider les querelles internes à l'aristocratie wisigothique, cette pratique de l'appel aux puissances étrangères. Quand l'Espagne fut rattachée au califat de Damas, cela fut sans doute perçu par beaucoup comme un simple changement de dynastie au profit d'un souverain ommeyade aussi lointain que l'avait été, quelques décennies plus tôt, le basileus byzantin.

La nouvelle religion est de plus, à l'époque, très peu connue et n'est pas perçue comme l'ennemie privilégiée du christianisme. Les musulmans s'inscrivaient dans une tradition familière aux juifs et aux chrétiens et leur religion était souvent considérée comme une nouvelle hérésie orientale, un phénomène familier dans une Espagne où l'arianisme et le catholicisme romain s'étaient trouvés en concurrence jusqu'au rétablissement par le roi Reccarède – en 587, un peu plus d'un siècle auparavant – de l'unité religieuse du pays. Enfin, les Berbères, qui fournissaient le gros des premières troupes d'envahisseurs, étaient longtemps demeurés chrétiens au sein du même espace impérial romain et n'apparaissaient pas aussi radicalement étrangers et hostiles que les musulmans d'Al-Andalus au sujet des royaumes chrétiens quelques siècles plus tard.

Vainqueurs de l'Hispania wisigothique au début du VIIIe siècle, les musulmans vont contrôler la majeure partie de la péninsule ibérique jusqu'au XIe. Fortement implantés dans la vallée du Guadalquivir, dans le Levant valencien et dans la vallée de l'Ebre, ils considèrent les régions du nord-ouest situées au nord de la cordillère centrale comme des terres de razzia et n'accordent que peu d'intérêt aux petits royaumes chrétiens qui ont réussi à se maintenir dans la région cantabrique d'où partira le lent et patient effort de reconquête qui ne portera vraiment ses fruits qu'après l'an mil. Jusque-là, le rapport des forces demeurera favorable à l'émirat puis au califat de Cordoue et, à la fin du Xe siècle, les raids dévastateurs menés par Al-Mansour jusqu'à Barcelone et jusqu'à Saint-Jacques de Compostelle témoignent de la supériorité militaire que conservent encore les musulmans entre Gibraltar et les Pyrénées.


L'échec musulman en Gaule

Après avoir balayé l'Afrique du Nord et l'Espagne, la vague islamique vient se briser en Gaule sur la résistance franque mais, pendant près de trois siècles, des bandes de pirates sarrasins vont maintenir l'insécurité sur les côtes provençales et italiennes tout en réalisant des incursions profondes et dévastatrices à l'intérieur des terres. Il s'agit désormais davantage de raids de pillage que d'un projet conquérant mis en œuvre au nom de l'expansion et du triomphe de la foi nouvelle. Au moment où il tente de faire face par ailleurs aux entreprises des pirates scandinaves et des hordes magyares qu'il finira par assimiler, l'Occident chrétien doit compter avec la persistance de cette menace jusqu'au milieu du XIe siècle.

Négligeant les poches de résistance basque, asturienne et cantabrique, les conquérants musulmans ont franchi les Pyrénées pour s'attaquer dès 718 à Narbonne avant d'échouer en 721 devant Toulouse défendue par le comte Eudes. Nîmes et Carcassonne tombent en 725 et des raids sont lancés en direction du Rouergue, puis de la Provence. Une fois reconnue la vallée du Rhône, les envahisseurs poussent jusqu'à Autun, prise et incendiée en 725. Alors qu'une forte expédition conduite par Abd er-Rahman el-Ghafeki marche sur Tours pour en piller les riches sanctuaires, les cavaliers francs de Charles Martel lui infligent en 732 une défaite complète aux alentours de Poitiers.

La menace n'a pas disparu pour autant puisqu'en 734 Arles et la Provence sont dévastées et que de grandes quantités de malheureux promis à l'esclavage sont razziés en Bourgogne. À partir de 736, Charles Martel et son frère Hildebrand entreprennent le refoulement méthodique de l'envahisseur et en profitent pour imposer définitivement à l'Aquitaine rétive la domination franque. Les musulmans n'en parviennent pas moins à conserver l'antique Septimanie qui correspond à la majeure partie de notre Languedoc. Le fils de Charles, Pépin le Bref, devenu le premier souverain de la nouvelle dynastie carolingienne, poursuit l'œuvre entreprise. Dès 752, l'ennemi est refoulé au sud de l'Aude et la reprise de Narbonne marque en 759 la fin de la reconquête au nord des Pyrénées. La lutte a été difficile dans des régions dont les campagnes ont été désertées par les populations terrorisées et où « un peuple innombrable » a été enlevé par les envahisseurs. Il apparaît cependant que l'hostilité aux Francs a favorisé localement la collaboration avec les musulmans de certains éléments demeurés attachés à la tradition wisigothique. L'expédition conduite en Espagne par Charlemagne en 778, puis la prise de Gérone en 785 préparent l'intervention de Louis d'Aquitaine, le fils de l'Empereur, qui s'empare en 801 de Barcelone et crée la Marche d'Espagne – la future Catalogne – qui place désormais sur le cours du Llobregat la frontière méridionale de l'Empire franc. À partir de ce moment, la Gaule se trouve à l'abri des menaces d'invasion terrestre alors que huit ans plus tôt, en 793, une puissante razzia a encore été conduite en Septimanie par Abd el-Malik ibn Mughit qui a pu incendier les faubourgs de Narbonne et a vaincu près du confluent de l'Orbieu et de l'Aude le duc Guillaume de Toulouse, le Guillaume au Court Nez de la chanson de geste.


Corsaires et pirates sarrasins sur les côtes chrétiennes

Le danger musulman se présente désormais sous une autre forme. Aux IXe et Xe siècles, ce sont des raids navals qui sont lancés contre les côtes chrétiennes. Pechina, près d'Almeria, puis Dénia au sud-est de l'Espagne se transforment en bases arrière d'une piraterie de grande envergure et ce sont davantage des navires affrétés par de véritables entrepreneurs corsaires que les flottes de l'émir ou du calife ommeyade de Cordoue qui créent une insécurité permanente entre le delta du Rhône et le sud de l'Italie. L'occupation de la Sicile à partir de 827, celle de Malte en 870, enfin celle des Baléares en 902 aggravent encore ce danger alors que la Corse et la Sardaigne se retrouvent dangereusement isolées, leurs populations se voyant contraintes de se replier dans l'intérieur pour y mener une simple vie pastorale. Le pape Léon III et Charlemagne mesurent le danger mais ne peuvent empêcher les attaques lancées en 812, au large de Naples, contre les îles de Ponza et d'Ischia et le raid de pillage effectué l'année suivante sur la côte de Toscane, contre Centum Cellae – Civitavecchia.

Les rivalités des ducs chrétiens favorisent par ailleurs la tâche de ceux que les chroniques du temps désignent sous le nom de Saraceni, de Mauri de Fusci, « basanés » ou, tout simplement de Pagani. Ils peuvent ainsi s'emparer en 840 de Tarente et de l'île de Ponza et établir une base au cap Licosa, près de Salerne. Survenue en 841, la chute de Bari précède l'attaque lancée en 846 contre Ostie et Rome où sont pillées Saint-Pierre et Saint-Paul-hors-les-Murs et le fait que l'Empereur Louis II chasse la garnison sarrasine de Bénévent l'année suivante ne permet pas de conjurer la menace. Le pape Léon IV restaure les défenses de Rome mais Bari n'est reprise, avec l'aide des Byzantins, qu'en 871, après avoir subi trente ans de domination musulmane.

C'est le tour de Tarente en 880 et la dernière place sarrasine de la région, celle de Santo Severino proche de Crotone, tombe en 886. Il faut encore attendre 890 et 916 pour voir reprises les bases musulmanes établies à Agropoli près de Salerne et à l'embouchure du Liri. Les pirates établis sur la côte campanienne étaient responsables d'un lourd bilan. En 883 ils ont massacré les moines du Mont Cassin et ce n'est qu'au bout d'une quarantaine d'années que des monastères évacués par les moines peuvent être réoccupés en toute sécurité… Pour le chroniqueur de Farfa, « les Sarrasins allaient en razzia de la mer Tyrrhénienne à l'Adriatique et jusqu'au Pô et revenant sans cesse à ces monts de Sabine et de là au fleuve Liri où ils avaient leurs navires et par où ils transportaient tout dans leur pays. » La disparition de ces bases d'opérations n'écarte pas totalement le danger puisque Gênes est enlevée par surprise et pillée en 932 et que Saint Nil de Rossano doit quitter la Calabre pour se réfugier au Mont Cassin en 980. Seule l'intervention des marines pisane et normande permettra de nettoyer la région de la piraterie sarrasine.


Raids sur la Provence et les vallées alpines

Durant les IXe et Xe siècles, la Provence subit également les effets des attaques musulmanes. Marseille (en 838 et 848) et Arles (en 842 et 850) en sont victimes. En 890, des pirates venus d'Espagne installent à Fraxinetum – La Garde Freinet – à l'ouest du comté de Fréjus, une base analogue à celle établie en Italie à l'embouchure du Liri. Solidement fortifiée, cette place d'armes étendue sur une vaste superficie permet de lancer des raids de pillage très loin dans l'intérieur, jusqu'au col du Grand Saint-Bernard et au lac de Constance. Entraînés à l'art de la navigation, les musulmans se transforment alors en montagnards, ce que nous confirme un chroniqueur de l'abbaye suisse de Saint-Gall qui eut le malheur de recevoir leur visite : quand il évoque les « Saracenos quorum natura est in montibus valere ». Les régions plus proches subissent également leur part de destructions et, en 925, l'évêque Odalric d'Aix part se réfugier à Reims. Après avoir été attaqués à trois reprises, les moines du monastère de La Novalaise, dans le Val de Suse, se résignent à chercher refuge à Rome. Parvenus à Saint-Maurice d'Agaune, dans le Valais, les envahisseurs exigent des pèlerins qui se rendent vers Rome le versement d'un droit de passage. En 972, saint Maïeul, le célèbre abbé de Cluny, est enlevé et doit payer au prix fort sa libération. C'est pourtant à ce moment que la présence de la base de Fraxinetum devient insupportable ; une coalition réunissant les comtes Roubaud de Forcalquier, Arduin le Chauve de Turin et Guillaume de Provence parvient à en venir à bout en 973. Les dégâts ont été considérables : des régions entières – la Provence, l'Embrunais ou le Dauphiné – apparaissent dévastées à la veille de l'an mil. Les lacunes que révèlent les listes épiscopales témoignent de la gravité des destructions subies et des villes telles que Fréjus ou Toulon sont complètement ruinées. À plusieurs reprises au cours du XIe siècle, les moines de Lérins sont encore enlevés pour être emmenés à Tortose ou à Denia et vendus ensuite comme esclaves.


La Sicile, du gouverneur Al-Hassan aux Normands Robert et Roger Guiscard

Le cas de la Sicile est particulier dans la mesure où les musulmans réussissent à s'y installer durablement à partir de 827. Dès 652, les Arabes avaient conduit dans l'île, alors byzantine, de fructueuses razzias. Ils récidivent en 669 et pillent alors Syracuse qui doit consentir à leur payer tribut à partir de 740. C'est la rébellion organisée contre l'autorité impériale par un certain Euphémios qui le conduit à solliciter l'aide de l'émir aghlabide de Kairouan mais la conquête se révèle difficile. Palerme est prise en 830 puis vient le tour de Messine en 842. Dans l'intérieur, la citadelle de Castrogiovanni tombe en 859 mais Syracuse, soutenue par l'empereur byzantin Basile Ier, résiste jusqu'en 878. Dernière place à poursuivre la lutte, Taormine tombe en 902 et voit sa population massacrée. La présence arabo-musulmane est la plus importante dans l'ouest de l'île alors que le Val Demone au nord-est demeure un foyer de rébellion jamais éteint.

Passée de l'autorité des émirs aghlabides à celle des califes fatimides du Caire, la Sicile reçut avec Al-Hassan un gouverneur énergique, premier représentant de la dynastie kalbide appelée à gouverner l'île jusqu'en 1040, ce qui correspond à une période de prospérité et d'épanouissement de la civilisation insulaire. Menacés en 1038-1040 par une tentative de reconquête byzantine, les musulmans de Sicile se divisent ensuite et commettent l'erreur d'impliquer dans leurs querelles les Normands installés en Italie du sud depuis le début du XIe siècle.

Reconnu « duc de Pouilles et de Calabre et duc futur de Sicile » par le pape Nicolas II, Robert Guiscard avait reçu mandat de reprendre l'île aux Infidèles. Dès 1061, son plus jeune frère, Roger, s'empare de Messine. La chute de Catane en 1071, suivie de celles de Palerme en 1072, de Taormine 1079 et de Syracuse en 1085 scellèrent le sort de l'île, rendue à la chrétienté par les armes normandes. Malte, qui était devenue aux Xe et XIe siècles une base d'opérations précieuse pour les pirates sarrasins et que les Byzantins n'étaient pas parvenus à reconquérir au milieu du XIe siècle, tombe en 1090 aux mains de Roger mais la population y demeure en majorité musulmane, ce qui explique les nombreuses traces sémitiques relevées dans la toponymie et la langue maltaises. Un siècle et demi après la reconquête de l'archipel par les Normands, l'empereur Frédéric II de Hohenstaufen en expulsera en 1240 les musulmans, contraints de choisir entre la conversion ou l'exil.


Croisades et Reconquista

Ce succès en préparait d'autres. Chassés des côtes italiennes et provençales quelques décennies plus tôt, les musulmans subissent également de sérieux revers en Espagne après la disparition, survenue en 1031, du califat de Cordoue. La prise de Tolède en 1085 et celle de Huesca en 1096 marquent un renversement du rapport des forces qui semble annoncer l'inéluctable Reconquista au moment où, à l'appel d'Urbain II, l'Occident se lance dans l'aventure de la croisade. Après la reconquête byzantine réalisée en Orient sous l'impulsion des empereurs macédoniens mais brutalement stoppée par l'irruption des Turcs seldjoukides, les croisades menées en Terre sainte par les Latins s'inscrivent en effet dans ce contexte général de réveil d'un Occident qui, confronté depuis trois siècles à la pression musulmane, reprend l'initiative pour rendre à la chrétienté les terres qu'elle a perdues, à un moment où des régions entières ne sont encore que superficiellement acquises à la religion du Prophète et où subsistent en terre d'Islam d'importantes minorités chrétiennes. En Méditerranée centrale, ce sont désormais les flottes italiennes et normandes qui font la loi et il faudra attendre le temps des Barbaresques pour qu'une situation d'insécurité permanente réapparaisse sur les côtes chrétiennes. Alors qu'il a su contenir ou absorber, au nord-ouest et à l'est, les invasions scandinaves et hongroises, l'Occident – celui des Europenses dont parle déjà la Chronique de Moissac à propos de la bataille de Poitiers – doit toujours compter avec la menace musulmane, revivifiée par l'irruption des Turcs en Orient et par la naissance des grands empires berbères almoravide et almohade en Afrique du Nord. La mer centrale autour de laquelle s'était organisée la Pax Romana demeure encore pour longtemps une zone de confrontation entre l'Europe chrétienne – latine ou grecque – et le nouveau monde né des conquêtes musulmanes dans l'Occident méditerranéen.

http://www.clio.fr/BIBLIOTHEQUE/la_conq ... cident.asp
L'islam n'est pas la révélation de dieu a l'homme mais celle de l'homme sur dieu.
La religion en tant que source de consolation est un obstacle à la véritable foi, et en ce sens l'athéisme est une purification
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nexus
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Al andalus voir dans ce lien résumé en en 4 parties.

De la conquête au califat .

http://www.histoire-pour-tous.fr/dossie ... erale.html




Et les mythes de cohabitation pacifique .

Quand les Arabes et Berbères conquirent l’Espagne wisigothique de 711 à 714, ils se trouvaient, largement minoritaires, face à une population chrétienne et dans une moindre mesure juive. Une politique de « tolérance » (ou plutôt de « coexistence dans l’intolérance ») s’imposait de fait car il était inconcevable de persécuter de façon systématique plusieurs millions d’Hispano-romains qui percevaient l’Islam comme une hérésie. De plus, les conquérants avaient encore besoin des autochtones pour servir dans l’administration, ne disposant que de peu d’administrateurs « capables » issus de leurs rangs. Par ailleurs, afin d’engendrer des conversions, les mesures discriminatoires (impôts spécifiques et obligations humiliantes) se sont souvent révélées plus efficaces que les répressions engendrant des martyrs.
Comme le note Bernard Lewis : « Inhérente au système, institutionnalisée dans le droit et la pratique, la discrimination représente une donnée permanente et nécessaire de la société musulmane. En revanche, la persécution, c’est-à-dire la répression violente et systématique, fut rare et atypique. » (LEWIS Bernard, Juifs en terre d’Islam, Paris, Flammarion, 1998, p. 456). Cette dernière aurait été contre-productive. C’est cette absence de persécution systématique qui permet aux idéologues de présenter mensongèrement al-Andalus comme un exemple de coexistence harmonieuse entre trois communautés religieuses, comme un modèle de société multiculturelle.

Droits et devoirs du dhimmi

« Grâce à la dhimma, les gens du Livre avaient le droit de demeurer en terre d’Islam, de pratiquer leur culte, de conserver leurs institutions et leurs édifices religieux, leurs institutions juridiques et leurs tribunaux (sauf pour les affaires mettant en cause un musulman). Ils avaient aussi le droit d’être protégés par les musulmans contre toute menace intérieure ou extérieure.
En échange, les dhimmi devaient d’abord d’acquitter de l’impôt de capitation (djizya). [...] A cette capitation s’ajoutait aussi, dans les premiers temps de la domination arabe, un impôt foncier, le kharadj, versé uniquement par les propriétaires non musulmans. Kharadj et djizya furent d’ailleurs souvent confondus au VIIe siècle.
Si l’impôt de capitation était donc un élément fondamental de la convention appelée dhimma, celle-ci reposait aussi sur un certain nombre de mesures que le non-musulman devait respecter [...]. L’inégalité entre musulmans et dhimmis était d’abord affirmée sur un plan juridique : le prix du sang d’un non-musulman était inférieur à celui d’un musulman, un dhimmi ne pouvait posséder d’esclave musulman mais l’inverse était possible, les droits de douane étaient plus élevés pour les dhimmi que pour les musulmans. Les non-musulmans étaient en principe exclus de l’armée et de la fonction publique. On devait pouvoir les distinguer des musulmans par le vêtement et la coiffure : port de la ceinture ou zunnar, utilisation dans le vêtement de couleurs vives, jaune, rouge ou bleu (par opposition au vert, blanc et noir utilisés par les musulmans), obligation de se raser le haut du front, etc. Les dhimmi devaient savoir se montrer discrets dans l’exercice de leur culte et dans leurs habitudes de vie : pas d’exhibition de croix, pas de consommation publique de porc ou de vin, enterrements sans faste, utilisation discrète des simandres (naqus), restriction des prières publiques. Il leur fallait aussi adopter une attitude déférente envers les musulmans : limiter la hauteur de leurs maisons, renoncer aux places d’honneur, ne posséder ni armes ni chevaux. [...] Les musulmans pouvaient [...] très difficilement se passer des chrétiens et des juifs dans leur administration. Les dhimmi, de leur côté, supportaient mal ces restrictions humiliantes et tout personnage qui atteignait un rang social élevé avait tendance à les rejeter avant d’être imité par ses coreligionnaires. »

Source : EDDÉ Anne-Marie, MICHEAU Françoise, PICARD Christophe, Communautés chrétiennes en pays d’Islam du début du VIIe siècle au milieu du XIe siècle, Paris, SEDES, 1997, pp. 57-60.

« Le règne des Almohades [1147-1238, ndlr], en dépit d’un verset coranique interdisant la conversion forcée des « gens du livre », sera terrible pour les juifs et les chrétiens qui devront désormais choisir entre la conversion à l’islam, l’exil ou la mort. Pour les juifs du Maghreb, l’épisode almohade est resté comme une des pages les plus noires de leur histoire. Un véritable désastre s’est abattu sur ces communauté où conversions forcées et massacres systématiques des récalcitrants ont affecté l’ensemble de l’Afrique du nord et de l’Espagne musulmane. Après le massacre des communautés de Séville et de Cordoue, la grande majorité des juifs d’Andalousie décidera d’échapper aux persécutions en se réfugiant dans les royaumes catholiques du nord et du centre de la péninsule ».

Source : CAMUS Jean-Pierre, «Les relations entre juifs et arabes au Moyen Age » dans Les Temps médiévaux, juin-juillet 2003).

Une Espagne structurellement instable : troubles et révoltes

« L’opposition des Arabes du Sud en faveur des Abbasîdes se développa surtout dans la seconde moitié du VIIIe siècle, à Séville (760), Beja (764), Niebla (766) et Cordoue (785), puis elle fléchit ensuite. Les berbères Miknâsa, commandés par un certain Shakyâ, se révoltèrent dans la région du Tage entre 768-776 et ils restèrent menaçants tout au long du IXe siècle. Le gouvernement dut aussi affronter plusieurs révoltes sociales, comme l’émeute du faubourg à Cordoue en 818, lorsque négociants et artisans protestèrent contre une fiscalité jugée trop lourde. Malgré l’écho dont elle fit l’objet, l’agitation mozarabe [chrétiens de langue arabe, ndlr] fut en fait limitée à quelques villes (Tolède, Cordoue) et à une minorité de clercs (Euloge et Alvare) ; elle prit fin peu de temps après l’exécution d’Euloge, en 859. Les régions frontalières (thughûr) furent ausi perturbés par de vives tensions, souvent à l’iniative de grandes familles de convertis (muwalladûn). Dans la Marche Supérieure (Saragosse), les problèmes débutèrent dès 777 lorsque Sulaymân ibn al-A’rabî se souleva contre l’émir et fit appel aux Francs. Ils s’amplifièrent avec les Banû Qasî, les descendants du comte Casius, dont l’un d’eux parvint momentanément à étndre son influence sur toute la vallée de l’Ebre. Dans la Marche Moyenne (Tolède), la crise la plus grave fut la journée du fossé en 798, à l’issue de laquelle les troupes omeyyades menèrent une répression féroce, mais de nouveaux soulèvements se produisirent tout au long du IXe siècle. Plus au Sud, dans la Marche Inférieure, des révoltes éclatèrent à Méria en 805, 813, 817 et 825 et les troubles reprirent en 868 avc le soulèvement de Abd al-Rahmân ibn Marwân à Mérida et Badajoz. L’émeute la plus durable se développa dans le dernier quart du IXe siècle au coeur des montagnes d’Andalousie sous la direction d’un rebelle nommé Umar ibn Hafsûn qui se convertit ensuite au christianisme. »

Source : SÉNAC Philippe, Le monde musulman des origines au XIe siècle (chapitre sur al-Andalus), Paris, Armand Colin, 2007, 3e éd., pp. 108-109.

Au début du XIe siècle, al-Andalus, traversant une crise politique où les tensions communautaires jouèrent un grand rôle, éclata en de multiples taifas (principautés) sur des bases ethniques. Le califat disparut en 1031 laissant la place à une Espagne morcelée politiquement.

« [A la mort d'Abd al-Malik al-Muzzafar] (1006), le pouvoir passa entre les mains de son frère Abd al-Rahmân Sanchuelo, et c’est à partir de cette date qu’une crise politique connue sous le nom de fitna s’amplifia, sous l’effet de l’emprise grandissante des berbères dans la vie politique. En 1009, Abd al-Rahmân Sanchuelo fut assassiné et Madînat al-Zâhira [palais et capitale politique, ndlr] fut pillée et détruite. Quatre ans plus tard, en 1013, les Berbères s’emparaient de Cordoue, où le calife Hishâm II périt assassiné. A partir de cette date, la Péninsule se morcela en une vingtaine de petites principautés (taifas) tenues par des petits souverains locaux appartenant à des lignages arabes, berbères ou d’origine servile (esclavons). Un calife omeyyade, Hishâm III, fut encore désigné en 1027 mais il dut s’enfuir et, en novembre 1031, les juristes cordouans décidaient de ne pas reconnaître de calife. »

Source : SÉNAC Philippe, Le monde musulman des origines au XIe siècle, Paris, Armand Colin, 2007, 3e éd., p. 115.

Compilations de fatwas concernant les dhimmi

livre Lagardère occident musulman
Compilations de fatwas (décisions de justice) concernant les Chrétiens et les Juifs (dhimmi), issues du livre de Vincent Lagardère. Celles-ci sont pour la plupart constituées de deux parties (la question et la réponse), le nom du juriste est donné, le lieu, ainsi que la date approximative (elles n’ont pu être datées qu’à plus ou moins 25 ans près).

Cordoue IXe siècle. Abû Ibrâhîm Ishâq b. Ibrâhîm.

« Une Chrétienne est déférée au cadi. Née d’un Musulman et d’une Chrétienne qui l’a élevée après la mort du père, elle a épousé un Chrétien dont elle a eu un enfant, il y a vingt ans ou davantage. Interrogée par ce magistrat elle a répondu que son père Chrétien a embrassé l’Islam et qu’après sa mort elle est restée auprès de sa mère et demeurée Chrétienne. La conversion de son père, un mercenaire s’est produite en un lieu autre que celui où elle a vécu. Les voisins affirment que ce Chrétien ayant embrassé l’Islam est mort alors que sa fille n’était pas encore nubile.
Réponse. Elle doit être considérée comme Musulmane en tant que fille de Musulman à moins qu’elle ne produise une preuve testimoniale établissant le contraire. On l’y contraindra mais sans lui infliger la peine que mérite une renégate. »
(pp. 53-54)

Cordoue IX-Xe siècles. Ibn Lubâba.

« Le conseil des juristes de Cordoue, consulté, approuve la démolition d’une synagogue récemment édifiée à Cordoue. Les tributaires, Juifs et Chrétiens, ne peuvent édifier d’églises ni de synagogues dans les villes musulmanes au milieu des Musulmans. [...] »
(p. 55)

Cordoue Xe siècle. Ibn Zarb.

« Un jeune Juif de huit ans qui s’est converti ne sera pas retiré à la garde de sa mère et de son père. Une fois adulte, il sera invité à confirmer sa foi et en cas de refus on l’y contraindra par les coups. »
(p. 58)

Kairouan IXe siècle. Anonyme et Ibn Abî Tâlib.

« Un Juif s’habille comme les Musulmans et abandonne la mise qui le distingue d’eux.
Réponse. Il sera mis en prison, battu et promené ignominieusement dans les lieux habités par les Juifs et les Chrétiens pour l’exemple. Ibn Abî Tâlib a prescrit à l’un des cadis parmi ses subordonnés d’obliger Juifs et Chrétiens à porter leurs ceintures largement déployées sur leur robe pour qu’on les distingue bien, et si l’un d’eux monte à cheval, de l’en empêcher, de lui infliger vingt coups de fouet à nu, puis de le jeter en prison, et en cas de récidive de le battre durement et de l’incarcérer longuement. »
(p. 111)

Kairouan Xe-XIe siècles. Al-Qâbisî.

« Un Musulman a un voisin juif qui a été élevé au milieu des Musulmans. Ils se rendent des services et quand ils se rencontrent sur un chemin contigu, ils échangent des propos et sourient. Cet homme déclare : « Allâh connaît ma haine des Juifs, mais j’ai un doux caractère ». Que penser de sa conduite ? Quand les Juifs vous saluent, comment faut-il leur répondre ?
Réponse. Il vaut mieux ne pas fréquenter les gens qui n’ont pas ta religion. Tu peux rendre service à un voisin tributaire et lui parler avec gentillesse, mais sans déférence. S’il te salue en disant « Que le salut soit sur toi », réponds-lui « sur toi » sans rien ajouter et tu n’as pas besoin de ses nouvelles ni de celles de sa maisonnée. Conduis-toi envers lui comme on doit le faire envers un voisin, mais avec une certaine réserve. »
(p. 464).

Fès XIVe-XVe siècles. Isâ b. Allâl Al-Kutâmî Al-Masmûdî (cadi de Fès, v. 1420).

« Si un seul tributaire nuit aux Musulmans tous les autres perdent toute protection ; leurs biens sont pris et assimilés au butin soumis au quint ; les biens de provenance inconnue reviennent au trésor public dont l’inspecteur s’occupera. »
(p. 47).

Cordoue IXe siècle. Yahyâ b. Yahyâ.

« La nuit du premier janvier julien que les gens appellent la nativité (de Jésus) est célébrée comme l’une de leurs fêtes ; ils échangent des mets et des cadeaux ; hommes et femmes chôment depuis le matin pour honorer ce jour qu’ils appellent le 1er de l’an.
Réponse. Tout cela est contraire à la loi religieuse. D’après Yahyâ b. Yahyâ, il n’est pas permis de recevoir à l’occasion de la nativité (de Jésus) des cadeaux d’un Chrétien ou d’un Musulman, ni d’accepter une invitation … »
(p. 476)

Cordoue XIe-XIIe siècles. Ibn al-Hâgg.

« Il ne faut pas aider les Chrétiens à célébrer leurs fêtes, notamment en leur louant des bêtes de sommes. »
(p. 66)

Grenade XVe siècle. Al-Qâdî Abû ‘Abd Allâh b. Al-Azraq.

« Quid des Juifs qui, à l’occasion d’une de leurs fêtes qu’ils appellent la Pâque, font des galettes qu’ils offrent à certains de leurs voisins musulmans ? ces derniers peuvent-ils les accepter et les consommer ?
Réponse négative contenant plusieurs citations (Ibn Rusd, Ibn ‘Arafa, Ibn al-Hagg). Ibn ‘Arafa allègue l’opinion d’Abû l-Hasan al-Qâbisî interdisant d’accepter les cadeaux des Chrétiens et des Juifs à l’occasion de leurs fêtes ; il déplore que des Musulmans incultes acceptent les cadeaux des Juifs lors de la Pâque. »
(p. 482)

Cordoue IXe siècle. Yahyâ b. Yahyâ.

« La maison de tout marchand de vin doit être brûlée. »
(p. 52)

Cordoue IXe siècle. Ibn Habîb.

« Un homme laisse un silo ouvert et un porc y tombe et meurt. Peut-on vendre le blé qu’il renferme à un Chrétien ?
Réponse. On ne peut le vendre ni à un Chrétien ni à un Musulman. Son propriétaire ne doit ni le semer ni en tirer profit et il lui faut empêcher que les Chrétiens n’en profitent. »
(p. 168).

Cordoue IXe siècle. Ibn Muzayn.

« A un Musulman qui a acheté un vêtement chrétien on dit de ne pas faire la Prière en l’ayant sur lui. Il répond ne pas avoir eu connaissance de cet interdit.
Réponse. S’il n’a pas eu connaissance du fait que ce vêtement était chrétien ou qu’un Chrétien l’avait touché, son ignorance n’entraîne pas qu’il doive le rendre au vendeur, tout comme il est tenu de garder un esclave présentant un vice qu’il déclare avoir ignoré avant l’achat. »
(p. 168).

Espagne XIVe siècle. Abû Abd allâh Muhammad al-Haffâr (maître andalou de Muhammad b. Marzûq).

« Un Juif tributaire excipe à l’encontre d’un Musulman, de trois titres l’un vieux de quinze ans et les deux autres de onze. Il lui réclame un reliquat, dont il prétend être créancier, de chacun de ces trois engagements. Le Musulman soutient qu’il s’en est totalement acquitté. Doit-on admettre sa déclaration, lui faire prêter serment et le tenir quitte vu la longueur du laps de temps écoulé ou, au contraire, ne tenir compte que de son dire s’il produit une preuve testimoniale ?
Réponse. Les Juifs ont l’habitude de considérer comme licite de gruger les Musulmans. On ne laisse généralement pas son bien pendant longtemps entre les mains d’un autre, à plus forte raison quand il s’agit d’un Infidèle ayant affaire à un Musulman. Les juristes estiment que les règles du droit sont retournées contre tout prévaricateur et injuste notoire. Aussi, celui qui revendique un droit à l’encontre d’un homme de cette espèce n’a qu’à prêter serment pour obtenir satisfaction. Dans le cas présent on suit la règle inverse et c’est ainsi qu’on doit trancher les affaires dans lesquelles sont impliquées des Juifs. Le Musulman devra donc jurer qu’il s’est acquitté envers le Juif et dès qu’il aura prêté serment, le droit du Juif tombera. »
(p. 186).

Source : LAGARDÈRE Vincent, Histoire et société en Occident musulman au Moyen Âge. Analyse du Mi’yâr d’al-Wansarîsî, Madrid, Casa de Velazquez, 1995.

Entretien avec Serafin Fanjul dans la NRH : « Le mythe d’al-Andalus »

N°62 de la Nouvelle Revue d’Histoire de septembre/octobre 2012.


« Il n’y eut pas eu de confrontation permanente [entre les musulmans et les non-musulmans], mais il n’y eut pas non plus d’harmonie ou de tolérance sans limites : tout dépendait des circonstances concrètes et surtout de la proportion plus ou moins dominantes des musulmans. Plus le pourcentage de ces derniers était important, moins la société était tolérante. » (Serafin Fanjul)
L'islam n'est pas la révélation de dieu a l'homme mais celle de l'homme sur dieu.
La religion en tant que source de consolation est un obstacle à la véritable foi, et en ce sens l'athéisme est une purification
L'athéisme est une négation de Dieu, et par cette négation, il pose l'existence de l'homme.
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Re: Présentation

Message non lu par pierremoselle »

Bonjour,

merci pour le lien set les textes, je compte les lire attentivement sur plusieurs jours.

Mais déjà un passage (du 1er lien) réponds, en partie, à ma question; c'est celui-là:
L’islam ne s’institutionnalise et ne se constitue « en religion » que très progressivement. Au cours des siècles suivants, il devient un système normatif qui se précise au contact des cultures des peuples conquis. Il conviendrait donc d’éviter les expressions « apparition », « surgissement » de l’islam, d’ailleurs l’intitulé du programme invite à la prudence en privilégiant les termes de « naissance », « débuts ».
Je comprend ce passage, par exemple, comme un contre-argument au discours habituel des musulmans.
L'islam, à la fois comme religion et modèle de société, n'est pas en ligne directe d'un révélation divine faite à Mahomet, mais au contraire le résultat d'une construction qui s'est faite sur plusieurs siècles. Je pense qu'il faut inclure le corpus "Coran + hadiths Boukari + hadiths Muslim" dans cette construction.

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moame
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Re: Présentation

Message non lu par moame »

A titre personel je pense qu'il existait un message "flou" au depart n'ayant pour but que de conforter la position du prophete mouhammad mais que c'est la créeation de l'empire arabo-islamique qui mit en place l'islam que l'on connait aujourdhui.

Sinon, je te conseil de lire un article tres fourni du magazine "guerre et histoire" qui a été publié le mois dernier :
http://www.laboutiquescienceetvie.com/l ... 2-750.html

l'article présente la conquete arabe et les raisons de son expansion rapide.
En gros cette expansion a pu se faire grace à la faiblesse des 2 empires qui régnaient à l’époque sur la region.
Venez participer à mon podcast "APOSTATS ISLAM" et raconter votre sortie de l'Islam !
Contactez moi en pv ou sur apostatsislam@gmail.com
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