Le principe d’incertitude ou de l’inutilité des religions
Article rédigé par Zawgyi le vendredi 20 février 2009
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Le principe d’incertitude d’Heisenberg stipule que le simple fait d’observer un objet modifie ce dernier. Or, inverser les points de vue nous révèle que le principe de l’incertitude s’applique sans doute avec plus de force sur l’observateur que sur l’objet observé.
Le principe d’incertitude qu’Heisenberg, père de la physique quantique, énonce en 1927, stipule que le simple fait d’observer un objet modifie ce dernier. Depuis, cette loi a fait son chemin jusque dans le champ des sciences sociales, l’étude d’un groupe d’individus modifiant inévitablement le comportement de ceux qui le composent.
Or, inverser les points de vue nous révèle que le principe de l’incertitude s’applique sans doute avec plus de force sur l’observateur que sur l’objet observé. En effet, une étude de l’histoire de l’humanité nous montrerait que l’incertitude a depuis toujours été le fil conducteur qui lie les balbutiements de la civilisation à notre monde moderne. Pour emprunter une terminologie à la psychologie, l’homme souffre depuis tous temps d’une «aversion à l’incertitude».
Cette peur est au fondement même du progrès. L’agriculture et l’élevage ne permettent-ils pas de mieux contrôler son alimentation, en assurant une régularité que refusaient une chasse et une cueillette plus aléatoires? Idem avec les outils permettant de recréer le feu, de construire un abri, etc. Sont venues s’ajouter la médecine –si possible préventive, la météorologie, la logistique, l’information en continue et toute la technologie qui nous entoure aujourd’hui. Si la proportion de ménages propriétaires en France et le succès du Livret A nous montrent quelque chose, c’est que nous voulons autant que possible vivre dans un monde «certain».
La religion n’échappe pas à ce modèle. Dieu n’est en fait qu’une réaction allergique, une production inconsciente pour faire face à une réalité que nous ne comprenions ni ne contrôlions. C’est ce qui explique la relation antagoniste qu’entretiennent sciences et religions: le champ libre où peuvent s’exprimer ces dernières dépend entièrement des avancées des premières.
Aux origines, lorsque les sciences n’existaient pas en tant que telles, la religion était partout. Elle expliquait tout, imbibait le quotidien. Sans médecin ou Laurent Romejko, le chaman, la pythie ou le prêtre soignaient, prédisaient, lisaient les signes, tout en priant. Les moissons, la chasse, la naissance ou la mort: tout était religieux ou n’était pas.
Comme les cultures ou la pensée, les religions se sont construites par phénomène d’agglutination, piochant à droite et à gauche, adaptant des mythes plus anciens. L’histoire des religions est là pour nous prouver que les croyances n’échappent pas à la théorie de Darwin. Avec le progrès de la civilisation, seules ont survécu les religions qui parvenaient à s’adapter, à se complexifier suffisamment pour donner encore des explications qui satisfaisaient les hommes évoluant dans un monde moderne. Survival of the fittest.
Si la multitude des religions et des formes de croyances nous enseigne quelque chose, ce n’est pas qu’il existerait un seul et même dieu qui porterait plusieurs noms, comme les sophistes et agnostiques d’aujourd’hui voudraient nous le faire croire pour réconcilier leurs doutes avec le relativisme ambiant. C’est plutôt que les religions répondent toutes à un besoin commun de l’humanité, chacune sous une forme adaptée à la culture et à l’environnement naturel concernés.
Finalement, l’extrémisme religieux que l’on peut observer actuellement correspond sans doute au sursaut de désespoir de systèmes de croyances qui perdent pied et dont les dogmes sont remis chaque jour un peu plus en question par les découvertes scientifiques. Comme un animal acculé, elles en sont réduites à l’agressivité, attaquant comme à chaque fois qu’elles se sont senties menacées. Pirouettes et galipettes se succèdent pour nous expliquer que la Bible n’est plus à prendre au premier sens, mais qu’elle possède une dimension poétique et allégorique. Ce que l’on pourrait dire à propos de n’importe quelle œuvre littéraire finalement. Mais n’en déplaise aux Tartuffes, rien ne vaut Tolkien en termes d’heroic fantasy. Darwin aurait plus ou moins raison, mais ce serait Dieu qui aurait édicté les règles de l’évolution. In excelsis Deo! Ainsi sont nés le créationnisme et l’intelligent design que n’importe quel spécialiste de l’évolution démonterait point par point sans trop de difficulté.
«Car, c’est là qu’est l’os, hélas». La difficulté se trouve malheureusement dans le fait que les religions ont toujours fait état de leur méfiance pour la raison. Heureux celui qui croit sans avoir vu! Ainsi sont posés les jalons d’une idéologie fondée sur la foi et sur la passion, interdisant toute rationalisation, toute réflexion, toute remise en cause. Absolutisme auquel se refuserait tout scientifique, se souvenant que tout postulat n’est vrai que tant qu’il n’a pas été réfuté. A l’inverse des religions, méfiantes face à l’intelligence, pourtant divine si nous avons été faits à Son image, non? Un peu de logique, que Diable! Ainsi continuent-elles à en appeler à nos sentiments, pour le meilleur et souvent pour le pire.
L’inconscient, c’est ce qui permet aujourd’hui aux religions d’exister. Le seul champ d’action que la science leur offre encore: l’aversion de l’incertitude, la peur de l’inconnu. Et il en sera ainsi tant que subsisteront ces questions: n’y a-t-il vraiment rien après la mort? Qu’y avait-il avant le Big Bang? L’univers est-il infini? Si oui, comment est-ce possible? Si non, qu’y a-t-il au-delà? Autant d’interrogations aberrantes pour nos esprits limités, autant de frayeurs qui fournissent aux religions leur terreau. Ce n’est pas que nous voulons croire, c’est juste que nous en avons besoin.
Pourtant, en avons-nous vraiment besoin? D’aucun diraient que les religions sont utiles socialement: elles fournissent un cadre moral qui maintient un équilibre. Vraiment? Ne sont-elles pas autant sources de déséquilibres, si l’on étudie l’histoire? Ne sont-elles pas porteuses de mort en interdisant le port du préservatif, en justifiant la lapidation, les castes, les croisades, etc.? Une idéologie fondée sur des croyances ésotériques et par conséquent sur l’exclusion du non initié, ne sont-elles pas intrinsèquement porteuses de conflits?
D’un autre côté, si l’on part du postulat que Dieu n’existe pas, nous observons que l’homme est parvenu de tout temps à créer de lui-même une morale, certes fondée sur le divin, mais qui a permis à la civilisation de progresser. Avons-nous encore besoin du divin pour justifier cette morale? Rappelons que les Droits de l’Homme ne sont le produit d’aucune religion mais d’une morale civique et laïque. Et ne sont-ce pas justement les religions qui remettent aujourd’hui en question ces principes humanistes? Pourquoi ne pas nous débarrasser dès maintenant du dernier carcan qui nous retient? Avons-nous vraiment besoin de croire pour vivre pacifiquement?
Quel moment de l’histoire nous parle d’une intervention divine venue sauver le monde? Ce ne sont pourtant pas les occasions qui auraient manqué de le faire? Nous nous sommes passés de Dieu jusqu’à présent, nous pouvons très bien continuer ainsi. Ce serait d’ailleurs plutôt les divinités qui auraient besoin de nous pour croire en elles, et non l’inverse. Alors, écoutons Nietzsche et tuons-les une bonne fois pour toute, pour atteindre le statut de «surhomme» qu’il introduit dans «Par delà le Bien et le Mal». A la différence qu’il ne s’agirait pas ici d’une humanité amorale mais à la moralité civique, choisie, rationnelle. Une humanité qui répondrait à ses propres questions, sans laisser de «pourquoi?» flotter dans l’air en suspens.
La religion infantilise en ce qu’elle nous pousse à regarder vers le haut, avec l’espoir qu’une divinité transcendantale viendra réparer nos égarements, sauver nos âmes et notre monde. Elle nous fait oublier que l’intelligence que nous a offerte l’évolution ne nous donne pas des droits mais bien des responsabilités sur la biosphère. Nous devons prendre nos responsabilités comme une espèce adulte et non attendre le salut comme des enfants. Après tout, si l’on en croit les théologiens, ne sommes nous pas les jouets d’un garnement qui construit puis détruit à l’envi. N’est-ce pas l’enseignement du Déluge, de l’Apocalypse? N’y a-t-il rien de moins sacré que la vie si on la considère ainsi: faite et défaite selon le bon plaisir d’une volonté supérieure?
En revanche, considérer le monde d’un point de vue naturaliste c’est prendre toute la mesure de la fragilité, de la beauté de la vie. Prendre pleinement conscience des infimes probabilités qui nous ont conduits là où nous sommes. Tout ne s’est joué qu’à un cheveu et rien n’aurait dû se passer. Notre planète est notre seul vaisseau, une nef que nous détruisons comme dans un vaste suicide collectif. Soyons-en certains, personne ne viendra nous sauver. Notre Terre exploserait-elle subitement que cela n’affecterait même pas l’équilibre gravitationnel de la Voie Lactée. Nous ne sommes rien.
Alors abandonnons nos incertitudes et affrontons nos peurs. Nous vivrons mieux ainsi et nous en sortirons grandis.
Nous sommes seuls. Acceptons cette certitude. Cette pensée peut-être effrayante en soi. Mais elle peut également nous aider à trouver la paix avec nous-mêmes, avec ce que nous sommes: des animaux intelligents perdus sur un minuscule caillou. Abandonnons cette pression contre-productive sur ce que deviendront nos âmes une fois que nous ne serons plus là et ce qu’il adviendra de nous si nous utilisons un préservatif ou si nous mangeons de la viande de porc. C’est ce que nous faisons aujourd’hui et maintenant qui compte. Mais, soyons-en certains, nous serons jugés. Par les autres espèces que nous tuons, par les générations futures que nous spolions. Il est temps de nous sauver nous-mêmes.
Adoptons dès lors une vision rationnelle du sacré fondée non plus sur une croyance surnaturelle plaçant l’homme au centre de la biosphère, mais sur une compréhension de sa simple appartenance à un système vivant plus vaste, au sein duquel nous sommes tous interdépendants. Adoptons une vision du sacré où chaque vie animale et végétale à un sens. Acceptons la vacuité et réduisons nos désirs, comme le préconisaient les épicuriens ou les Bouddhistes, en retenant que nous n’emporterons rien avec nous et que l’accumulation est avant tout un produit de la destruction.
Et pour ceux qui croiraient malgré tout: «Aide-toi et le ciel t’aidera».
Pour tous ceux qui partagent une vision naturaliste du monde, rendez-vous sur:
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