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Publié : jeu. 1 juin 2006 16:03
Les affrontements entre les jeunes et la police réveillent les inquiétudes. La tension est croissante, entretenue par la présence permanente des CRS.
Montfermeil, en Seine-Saint-Denis, a de nouveau connu une hausse de tension. Dans la nuit de lundi à mardi, des affrontements ont opposé des jeunes gens - en majorité - de la cité des Bosquets aux forces de l’ordre. Les autorités parlent d’une centaine d’insurgés, munis de battes de base-ball et de bâtons. Face à eux, autant de policiers et près de 150 CRS, armés de gaz lacrymogène et de flashball.
Entamés vers 22 h 30, les heurts ont duré une bonne partie de la nuit, se sont propagés jusqu’en centre-ville - la mairie a été caillassée - et même jusqu’à Clichy-sous-Bois, ville voisine. Sept policiers ont été légèrement blessés et trois personnes (majeures) interpellées, lesquelles se trouvaient toujours en garde à vue hier après-midi. « Quand je suis arrivée, vers 23 heures, les CRS donnaient l’assaut », raconte Dominique Neels, conseillère municipale (PCF) et témoin de la confrontation au coeur de la cité. Habitant dans une rue adjacente, c’est le bruit des tirs qui l’a alertée. « Les attaques n’étaient pas frontales. Les jeunes s’éparpillaient dans toute la cité, se réfugiaient dans les halls. » Jeunes : un mot qu’elle nuance illico. « Beaucoup d’habitants étaient à leurs fenêtres, criaient contre la police. J’ai entendu qu’un policier avait pris un fer à repasser sur la jambe... » Dominique a vu tomber un paquet de sucre. Un symbole, plus qu’une arme, d’une exaspération générale et croissante, qu’une perquisition musclée faisait exploser lundi.
Dans l’après-midi, la police était intervenue dans un appartement de la cité afin d’interpeller un jeune. Accusé d’avoir agressé un chauffeur de bus, diront d’abord des proches de Xavier Lemoine, maire (UMP) de la ville. Soupçonné d’avoir participé à un vol par effraction a indiqué le parquet, hier après-midi. Quoi qu’il en soit, l’arrestation se passe mal et la mère de l’adolescent tente de s’interposer. Elle se fait embarquer avec son rejeton, pour ne sortir de garde à vue qu’hier dans la matinée. Dès lors, les versions divergent.
« Elle s’est montrée excitée et a été entendue pour rébellion et outrage, explique-t-on au parquet. Elle a d’ailleurs reconnu les faits et a même exprimé ses regrets. » Sur place, beaucoup de témoins parlent, eux, d’une interpellation violente, humiliante, pour laquelle la police aurait usé de gaz. « Beaucoup d’adultes, très sérieux, sont unanimes sur ce point », raconte Jean-Blaise, habitant le quartier. Mohamed Mechmache, président de l’association AC-le feu, dit avoir recueilli des témoignages similaires. Et ajoute, inquiet pour la suite. « Les jeunes ont pris l’habitude d’encaisser pas mal de trucs. Mais s’attaquer à leurs parents, c’est franchir une limite qu’ils ne peuvent tolérer. »
Un sentiment de dignité définitivement bafoué, selon le président d’AC-le feu, dès avril, quand le maire prenait deux arrêtés, interdisant aux adolescents de circuler à plus de trois en centre-ville et aux mineurs de moins de seize ans de sortir seul entre 20 heures et 5 heures. Suspendus par le tribunal administratif de par leur caractère attentatoire aux libertés, ils ont laissé des traces dans les esprits. Surtout, depuis un mois, les cars de CRS stationnent en masse dans la cité. « Ils sont là en permanences, les jeunes se font contrôler sans arrêt, prennent des amendes dès qu’ils traversent à côté des clous. » Un harcèlement qui conduisait les élus de l’opposition à intervenir en conseil municipal, le 3 mai dernier. « Nous voulions attirer l’attention sur le risque de tension que ces contrôles impliquaient, raconte Pierre Girault, conseiller municipal (PCF). Le maire nous a dit qu’une grosse opération se préparait et qu’il était tenu par le secret. » De fait, tout le monde sentait, ici, que les choses pouvaient exploser.
La conviction que la violence est stérile poussait hier les élus de gauche et les associations à appeler les jeunes de Montfermeil au calme. Et le maire de la ville à troquer ses oeuvres sécuritaires contre le dialogue et le respect pour la totalité des habitants.
Marie-Noëlle Bertrand
http://www.humanite.presse.fr/journal/2 ... -31-830749

